‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 19 sur 231 · LIV. V. — SES INSTRUCTIONS AUX SOEURS DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. V. — SES INSTRUCTIONS AUX SOEURS DE LA VISITATION

A mesure que la communauté prenait de l'accroissement, le samt fondateur redoublait de soins pour ses saintes filles, leur recommandant de se tenir dans une constante égalité d'âme, tranquillement unies à la divine Providence parmi les conlrariétés de la vie et les répugnances de la nature; d'immoler sans cesse leur volonté propre au bon plaisir de Dieu, jusqu'à laisser là un point à faire , une lettre à former, une phrase à achever dès que l'obéissance appelle; de consulter Dieu en tout, comme un enfant consulte son père; de recevoir toutes choses, petites ou grandes, comme venant de sa main paternelle, de rendre doucement et gracieusement au prochain tous les services qu'il désire; enfin de s'abandonner entièrement, pour tout ce qui regarde la santé, aux personnes chargées d'en prendre soin.

De ces avis généraux descendant dans les détails pratiques, U leur recommandait de jeter dès le matin, à leur réveil, leur âme tout entière dans le sein de Dieu, et de l'y maintenir tout le reste du jour par la ferveur de leur charité. Il leur assignait, selon la diversité des fêtes et des temps, W sujets delà méditation, premier exercice de chaque jour; il leur en précisait le but, leur apprenant à tout rapporter à la réforme de ses défauts et de ses inclinations naturelles, de manière à ne plus vivre pour soi, mais pour Jésus-Christ ; il leur indiquait le moyen d'atteindre cette fin si désirable ; c'était la méthode même qu'il expose dans Vlntroduction à la vie dévote. Il voulait que toutes suivissent cette méthode, et il y tint assujettie, sept années durant, madame de Chantai elle-même. Ce ne fut qu'après une si longue épreuve que , cédant à l'attrait de la grâce qui inspirait cette âme d'élite, il lui permit une oraison plus sublime, par laquelle elle se tenait dans une simple vue de Dieu et de son néant, pleinement abandonnée à la conduite de l'Esprit-Saint, sans cherchera produire un acte plutôt qu'un autre, se reposant doucement en Notre-Seigneur , et le laissant sans empêchement ni résistance faire en elle tout ce qu'il lui plaisait.

De l'oraison le saint docteur passait au sacrifice delà messe.

qu'il représentait aux religieuses comme le soleil des exercices Je piété, le cœur de la dévotion, le centre du christianisme; et il leur apprenait à unir leurs hommages à ceux de toute l'Église triomphante et militante, qui dans ce sublime mystère s'associe elle-même à Notre-Seigneur pour glorifier avec lui, en lui et par lui la Trinité sainte. Quand il traitait du saint office, il leur recommandait de recueillir au dedans d'elles-mêmes toutes les puissances de leur âme pour bénir le nom de Dieu, et <lire les louanges de son éternelle bonté, qui ne peut être jamais assez louée. En les instruisant sur l'examen de conscience ^t la confession, il leur disait de se tenirprosternées en esprit aux pieds de Jésus-Christ crucifié ; de se représenter par la foi son .sang découlant sur elles pour les laver de leurs souillures, et de se retirer ensuite la contrition dans l'âme, le cœur uni à Dieu par un amour tout nouveau. En traitant de la communion, il leur recommandait d'apporter à la table sainte un cœur plein de foi, d'espérance, d'amour, et de se comporter ensuite de telle manière, que tous reconnussent, en les voyant, que Dieu était en elles. Enfin, pour tout l'ensemble de la conduite, il leur expliquait la manière de vivre comme autant d'holocaustes pleinement consacrés à Dieu, lui offrant tous les moments de leur existence, même ceux du sommeil et de la récréation * , et livrant leur âme tout entière à l'amour divin par de fréquentes aspirations ou élévations de €œur vers le souverain bien : « car, disait-il, ces saints exerci- « ces, lançant et portant nos esprits en Dieu, y portent aussi « toutes nos actions, et les lui rendent agréables. » Pratiques, toutefois, qu'il voulait qu'on rapportât toujours, comme l'oraison, à la réforme du cœur par la correction des défauts et la pratique des vertus. « Il faut, disait-il, que toutes ici se laissent « traiter, corriger et polir, et s'établissent solidement dans « l'humilité, dans la parfaite abnégation de la volonté propre, « dans le détachement de toutes choses. De là on s'élèvera à

* Lettre cclvi».

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