LIV. VII. — SON ZELE. 40î
« retirer du péché tant de pauvres âmes et les ramener à la vie « de la grâce! Nous devons être au milieu de nos travaux « comme la mère qui éprouve les douleurs de l'enfantement, « et que la joie d'avoir mis un enfant au monde console de « toutes ses souiïrances, »
Quand il voyait que les pénitents avaient peine à se confesser, par crainte, par honte, ou ignorance, il les aidait doucement à s'expliquer, et tâchait par tous les moyens d'ouvrir leur cœur à la confiance : « Ne suis-je pas votre père? leur di- « sait-il; pourquoi craindriez-vous? Dieu n'attend que votre « aveu pour vous pardonner. Je tiens la place de Dieu; pour- « quoi auriez-vous honte de moi, qui, à cela près, suis un pé- « cheur? Eussiez-vous fait tous les maux du monde, je ne m'en « fâcherais pas. » Puis il leur donnait tout le loisir qu'ils désiraient pour bien s'expliquer, sans les presser comme un homme qui aurait liàte d'en linir. S'il les voyait encore hésitants et peu hardis à tout lui dire, il les encourageait par de bonnes et douces paroles. S'il les voyait peu contrits et mal disposés, il en ressentait une douleur si vive, qu'il pleurait le premier les fautes qu'on lui accusait, et forçait par là le pénitent à les pleurer lui-même. Un jour un pécheur se présenta à son tribunal en racontant ses désordres avec un ton et un langage qui annonçaient l'absence, non-seulement de tout repentir, mais encore de toute pudeur et de toute décence. Le saint confesseur, à ce récit, éclate en soupirs et en sanglots : « Qu'avez- « vous donc? demanda le pénitent; vous trouvez-vous mal? « — Non, je me porte bien, grâces à Dieu ; mais c'est vous qui « vous portez mal. — Moi. je me porte à merveille. — Eh bien « alors, continuez, dit le saint évêque. » l^e coupable alors de poursuivre sur le même ton sa déplorable histoire, et le saint confesseur de pleurer avec plus d'abondance. « Mais enfin, « demande le pénitent , pourquoi donc pleurez-vous? — Je « pleure, dit François, de ce que vous ne pleurez pas. » A ce mot, tout honteux de lui-même et tout changé : « Oh! misé- « rable que je suis! s'écrie le coupable; les autres confesseurs
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« font pleurer quelquefois leurs pénitents, et moi je fais pleurer « mon confesseur! Mes péchés arrachent des larmes à l'inno- « cent, et moi je ne les pleure pas! » Cette considération l'affecte à tel point, qu'il est près de s'évanouir : François alors le console, l'encourage, trouve en lui des dispositions si parfaites, qu'il croit pouvoir l'absoudre; et, depuis ce moment jusqu'à la mort, cet homme fut un modèle de ferveur dans le service de Dieu. Rien n'était touchant comme les effusions de cœur du saint prélat, quand il avait pu ainsi amener un pénitent à une conversion sincère. « Oh! que votre àme m'est chère! « disait-il; qu'elle est belle maintenant! les anges se réjouis- « sent et font une fête à votre sujet. Je vous en félicite avec « eux; mais il faut pourtant bien promettre à Notre-Seigneur « et à moi que vous ne retomberez plus. » Ainsi tous se retiraient d'auprès de lui avec une volonté ferme de mener une vie meilleure, comme avec l'intention de venir souvent retrouver un si bon père ; et l'on 'ne saurait dire le bien immense qui fut le fruit de son zèle pour la direction des âmes.