CHAPITRE Ml
SA PliUDE.XCE ET SA SIMPLICITE.
Nous joignons ensemble ces deux vertus, à cause des rapports intimes qui les unissent : car, si la prudence nous enseigne à penser, à dire et à faire ce qu'il faut, dans le temps et de la manière qu'il le faut ; la simplicité la seconde en dirigeant toutes les puissances de l'àme uniquement vers le devoir, sans se laisser distraire par ce qu'on pourra dire ou penser autour d'elle. L'évèque de Genève posséda à un haut degré ces deux vertus : il fut d'abord remarquable par sa prudence, jamais on ne le vit rien faire à la légère ou avec cet empressement qui se trouble en se précipitant et étoulTe la réflexion : toujours, avant d'agir ou de parler, il réfléchissait sur ce qu'il allait faire ou dire; et, toutes les fois qu'il le pouvait, il demandait conseil pour ajouter la sagesse des autres à sa propre sagesse ; surtout il priait en raison de l'importance de la chose, attendant beaucoup plus de la lumière de Dieu que de son propre esprit, et jamais il n'en venait au fait que quand, à l'aide de ces divers moyens, il avait vu clairement ce qui était le plus sage. Alors il agissait, mais posément, étudiant et saisissant les circonstances favorables, recherchant et prenant toujours des moyens dictés par la droiture, inspirés par la charité. Aussi discret dans le langage que dans l'action, jamais on ne lui a entendu dire une parole mal à propos ; jamais il n'a laissé échapper un secret, et il mesurait si bien toutes ses expressions, qu'elles rendaient parfaitement tout ce qu'il voulait dire, ni plus ni moins'.
' Dép. de sainte Chantai, art. 28.
De là ce tact si parlait dont il fit preuve en traitant avec les autorités civiles de France et de Savoie, et qui lui valut, nonseulement de vivre toujours en bonne intelligence avec elles, mais encore d'en cire estimé et honoré. De là cette habileté dans le gouvernement de son diocèse, qu'il administra avec un succès égal en temps de guerre comme en temps de paix, maniant si sagement tous les esprits, conduisant si bien toutes choses, qu'il conserva toujours les immunités de l'Eglise et les bonnes grâces des princes opposés entre eux. De là cette haute intelligence dans la conduite des affaires : si c'était un mal à empêcher, il n'écoutait point l'ardeur d'un zèle irréfléchi qui, en se précipitant, recule le succès, disait-il, plutôt que de l'avancer; il prenait le temps de peser mûrement devant Dieu les meilleurs moyens à employer, et était attentif à ne rien compromettre par une parole ou une démarche imprudente ; il choisissait avec grand soin le moment et la manière d'agir ou de parler, afin, disait-il encore, « de ne pas faire de fautes en s'opposant aux « fautes^ » Et c'était ainsi que son zèle infatigable dans son activité, parce que la charité l'animait, n'était pas moins modéré dans ses effets parce que la prudence le réglait. Si c'était une difficulté pratique à résoudre, il l'étudiait avec la patience de la réllexion et lui donnait toujours une solution aussi judicieuse que solide, remarque un de ses historiens qui avait vécu avec lui*. Aussi on le consultait de toutes parts comme un oracle de prudence; dans les affaires importantes on voulait avoir son avis*, et on l'établissait juge des différends. Plusieurs fois on a vu des gentilshommes sur le terrain, prêts à vider leur querelle par un duel ; l'évéque survenait et conciliait le différend au contentement des deux parties : c'est ce dont furent témoins les villes de Seyssel, de Saint-Rambert, et beaucoup d'autres lieux où sa présence prévint les plus grands malheurs*. Une
* Dép. de Baylay. — Dép. de sainte Chantai, art 28. - Dom Jean de Saint-François.
^ Dép. de Baytay et de Pesse.
* Dép. de Michel Favre.