‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 184 sur 231 · LIV. VII.— SA PRUDENCE · texte numérisé non relu

LIV. VII.— SA PRUDENCE

autre fois, quelqu'un alla le consulter sur ce qu'iu avait à faire pour ramener au bien des personnes de haute condition qui donnaient du scandale : « Commencez, lui dit-il, par leur faire « deux ou trois visites de politesse, sans rien dire de votre des- « sein, et tâchez de vous insinuer dans leurs bonnes grâces. « Quand vous y aurez réussi, faites tomber insensiblement la « conversation sur la beauté de la vertu, la laideur du vice; « puis amenez-les moi. » On les lui amenait en effet, et là, avec une prudence merveilleuse, il les décidait à rompre les liens qui les retenaient loin du devoir et de la vertu ^ Aussi un témoin de sa vie habituelle nous dit-il : « J'ai toujours admiré « la grandeur et l'excellence de sa prudence, qui faisait con- « verger toutes ses œuvres vers la plus grande gloire de Dieu, « le salut des âmes, l'exaltation de la foi et le bon gouverne- « ment de son diocèse ; c'était, continue-t-il, une prudence qui « prenait sa source dans l'esprit de Dieu et usait de moyens « pleins de charité et de bénignité avec une si grande paix in- « térieure et extérieure, que, malgré ses continuelles occupa- « lions, jamais il ne s'empressait ni ne se troublait*. »

Mais nulle part la prudence du saint évêquene ressortait avec plus d'éclat que dans la direction des âmes : si on avait des doutes ou des scrupules de conscience, il les éclaircissait par une décision aussi ferme que prompte, qui rassurait les âmes les plus troublées : « C'était, dit sainte Chantai, une chose ra- « vissante de l'entendre parler de Dieu et de la perfection ; il « avait des termes si précis et si intelligibles, qu'il faisait com- « prendre avec une grande facilité les choses les plus délicates « et les plus relevées de la vie spirituelle; Dieu lui avait donné « cette lumière pour la conduite des âmes, qu'il gouvernait « avec une prudence toute céleste. » Il pénétrait le fond des cœurs, voyait clairement leur état ainsi que le principe qui les faisait agir, et leur traçait leur règle de conduite. 11 discernait

Dép. du seigneur de Charmoisy.

Dép. du docteur Marrigtiier.

avec netteté ce qui était péché et ce qui ne l'était pas, ce qu'on devait interdire et ce qui pouvait se tolérer, et faisait trouver à tous dans leur position la sainteté la pluséminente sans rien exiger d'extraordinaire, appropriant la dévotion aux bienséances et aux agréments innocents de chaque état, et leur enseignant une liberté sainte qui ne s'écarte point des limites de la vertu, une sage condescendance qui ne soit jamais aux dépens du devoir, une gaieté chrétienne qui s'unisse aux lois les plus austères de l'Évangile.

Il tenait à ce qu'on rendît la piété aimable, en la montrant au monde toujours douce et affable, toujours prête à faire plaisir; et, vraie image de la bonté de Dieu sur la terre, toujours noble, forte et convenable à son rang. 11 insistait surtout sur les devoirs d'état, et voulait qu'on fût bon ami, poli, officieux, complaisant jusqu'à dire des riens dans le récréations, quand c'était utile pour réjouir les autres. C'était ainsi qu'il prévenait le reproche fait à la dévotion d'être bizarre, désagréable, et de mauvaise compagnie ; en même temps qu'il le réfutait par sa propre conduite, lui, aussi aimable que pieux, aussi poli que modeste, aussi complaisant qu'exact, aussi ouvert que recueilli, et se faisant également aimer de Dieu et des hommes.

Un jour une dame chrétienne, obligée par sa condition d'être à la cour, lui exposa la crainte qu'elle avait de perdre sa piété sous un ciel si contagieux : « Tant que vous tiendrez bien « ferme en votre âme, lui écrivit-il', la résolution d'être toute « à Dieu, le Saint-Esprit suppléera par son assistance à ce que « vous ne pourrez ftùre. Vous remplacerez vos exercices par de « fréquents et fervents élancements de cœur vers Dieu, et les « sermons par une dévote et attentive lecture des bons livres. « Etre sujette et vivre en 'compagnie vous donnera mille occa- « sions de vous bien mortifier, de rompre votre volonté, ce qui « n'est pas un petit moyen de perfection, si vous l'employez « avec humilité et douceur de cœur. Nulle compagnie, nulle

^ Lettre cxxxii".

Page 1