UV. VII. — SA SIMPLICITÉ
tance, pour ne gêner en rien la liberté des communications. Pour troisième précaution, il laissait toujours ouverte la porte de l'appartement où il recevait les personnes du sexe.
Ces mesures prises et soutenues par la modestie de tout son extérieur, qui respirait la pureté des anges \ il ne se préoccupait point de ces craintes qui troublent et qui, entretenant dans l'àme la pensée du mal, deviennent elles-mêmes une tentation. Use voyant, dans toutes les personnes qu'il recevait, que des âmes à sauver, à consoler ou à soutenir, il y allait bonnement et simplement : car, s'il avait la prudence du serpent, il avait bien plus encore la simplicité de la colombe, qui revenait si bien à son àme droite et candide.
« Oui vraiment, écrivait-il à sainte Chantai*, les pauvres « petites et blanches colombes sont bien plus agréables que les « serpents; et, pour joindre les qualités de l'un avec celles de « l'autre, je ne voudrais nullement donner la simplicité de la « colombe au serpent ; car il ne laisserait pas d'être serpent ; « mais je voudrais donner la prudence du serpent à la colombe, « car elle ne laisserait pas d'être belle. Or sus donc, donnons- « nous à cette sainte simplicité, fille de l'innocence et sœur de « la charité. Je ne sais, disait-il encore*, ce que m'a fait cette « pauvre vertu de prudence. Si je l'aime, ce n'est que par né- « cessité, parce qu'elle est le sel et le flambeau de la vie ; mais « la beauté de la simplicité me ravit, et je donnerais volontiers « cent serpents pour une colombe. . . Si la dose du serpent et de « la colombe était égale, je ne voudrais pas m'y fier ; le serpent « peut tuer la colombe, mais la colombe ne tuera jamais le « serpent... On me dit que dans un siècle aussi rusé que le « notre, il faut de la prudence pour ne pas se laisser surpren- « dre. Je ne blâme point cette maxime ; mais un bon chrétien « aimera toujours mieux être enclume que marteau, volé que
• Ddp. de Moccand.
* Lettre cxxvi'.
^ Esprit de saint Françoh de Sales, VHI* p., sect. xxii. — X* p., sect. xviii. — XVI* p., sect. t.
« voleur, meurtri que meurtrier, et martyr que tyran. Crève la « prudence du siècle ! Il vaut mieux être bon et simple que rusé « et malicieux. »
Si François de Sales aimait tant la simplicité, c'est qu'il la concevait autrement que ne la conçoit le monde. La simplicité, selon lui, n'était que la candeur du cœur qui va droit à la vérité, droit au devoir, droit à Dieu seul. Or rien ne convenait mieux à la trempe de son âme \
Ami de la vérité, il ne pouvait souffrir l'ombre de l'astuce et de la dissimulation , et il avait horreur de tromper le prochain pour l'amener à ses fins même les plus légitimes. 11 détestait tout mensonge et toute équivoque, et avait pour principe « que « la fidélité, la rondeur et la sincérité du langage étaient un des « plus beaux ornements de la vie chrétienne*. »
« Un jour que le soleil était très-ardent , raconte l'évêque « de Belley^, j'arrivai chez lui, tout abattu de chaleur; il me « demanda en riant si je voulais qu'on allumât du feu . — Quoi! « lui dis-je, voulez-vous achever de me rôtir? — Ah ! dit-il, « c'est que le feu réchauffe ceux qui ont froid et rafraîchit ceux « qui ont trop chaud. » Puis, après un instant de réflexion : « Voyez-vous, ajouta-t-il naïvement, je viens de faire une duce plicité ; car, me souvenant de vous avoir ouï dire que vous « craigniez fort le froid et que vous n'aviez jamais trop chaud, « je voulais rire de l'excès de chaleur que vous avez souffert, et « de ce que vous dites quelquefois qu'il vaut mieux suer que « trembler et que le feu est bon en tout temps. Jugez combien « ma pensée était différente de ma réponse. »
Un autre jour l'évêque de Belley lui témoignait son étonnement de ce que le duc de Savoie ne l'employait pas comme diplomate auprès des cours étrangères, surtout en France, où sa réputation de prudence, de probité et de piété était si grande :
* Esprit de saint François de Sales, VI« part., sect. xiv. — X' part . sect. xviii,
2 Idem, 11» p., sect. xxxv.
^ Idem, Vlli" p., sect. IV.