LIV. VII. - SA SIMPUCIÏÉ. m
« Je trouve, au contraire, répondit-il, que le duc de Savoie, en « ne m'employant pas, fait preuve de sagesse et de jugement, « moi à qui les seuls mots de prudence humaine et de politique « donnent de la frayeur. A vous parler franchement, je ne sais « ni mentir, ni dissimuler, ni feindre adroitement, ce qui est le « chef-d'œuvre de la poHtiquc et son ressort principal. Je ne « voudrais pas, pour tout l'empire, dire une parole fausse ; je « parle à l'ancienne gauloise, simplement et de bonne foi; mes « lèvres expriment toujours ma pensée ^ »
Mais cette âme candide n'allait pas seulement droit à la vérité, sans détour ni dissimulation, sans artifices ni duplicité; elle allait encore droit au devoir sans aucun respect humain, sans penser si son action plairait ou déplairait aux hommes, sans autre vue enfin que celle du devoir. Ni plus ardent quand son action devait être applaudie, ni plus timide quand elle devait exciter des murmures, il n'avait d'yeux que pour son devoir, et ne faisait aucune attention à tout le reste. « Aussi, « remarque sainte Chantai *, rien n'était si simple que sa vie ; « point de singularité ; rien de nature à provoquer l'admiration « de ceux qui ne regardent que les dehors. Il se tenait dans le « train commun, mais d'une manière si divine et si céleste, « que rien en sa vie n'était plus admirable que cela même. « Toute la beauté de son âme était au dedans, en la perfection « des vertus que Dieu y avait divinement arrangées ; et le lustre « principal de sa sainteté était en la manière non commune « avec laquelle il faisait les actions les plus communes... »
« Pendant quatorze ans que j'ai été sous sa direction, raconte « M. de Belley', et que je me suis étudié à remarquer ses ac- « tions, jusqu'à ses moindres gestes, ses paroles et ses ensei- « gnements, jamais je n'ai rien aperçu en lui qui ressentît tant « soit peu la singularité. »
' Esprit de saint François de Sales, XHI" p., sect, xx. — X1I% p., sect XV.
* Lettre de sainte Chantai à dom Jean de Saint-François.
* Esprit de saint François de Sales, IV* p., sect. i.
Non moins remarquable enfin dans la simplicité avec laquelle il allait en toutes choses droit à Dieu, il faisait tout par amour sans aucun regard sur soi ou sur la créature, sans autre désir que celui de plaire au Dieu qu'il aimait, sans autre prétention en ce monde que celle de lui être agréable : « Voyez. « disait-il, un tout petit enfant, qui ne connaît encore que sa « mère : il n'a qu'un seul amour qui est pour sa mère, une seule « prétention qui est le sein de sa mère; couché sur ce sein « bien-aimé, il ne veut autre chose. Ainsi l'âme qui a la parte faite simplicité n'a qu'un amour qui est pour Dieu, une « seule prétention qui est de reposer sur la poitrine du Père « céleste, et là, comme un enfant d'amour, faire sa demeure, « laissant entièrement tout le soin de soi-même à son bon « père, sans se mettre en peine de rien, sinon de se tenir en « cette sainte confiance : les désirs mêmes des vertus et des « grâces ne l'inquiètent point, non pas qu'elle néglige ce qu'elle « rencontre en son chemin, mais elle s'y applique sans s'em- « presser à rechercher d'autres moyens de perfection que ceux « qu'elle a sous la main. Elle ne se détourne ni à droite ni à « gauche, pour voir ce qu'on dit, ce qu'on pense ou ce qu'on « fait; elle suit simplement son chemin, fait ce qu'elle juge « devoir faire et n'y pense plus ; elle se tient tranquille en la « confiance qu'elle a que Dieu sait son désir, qui est de lui « plaire, et cela lui suffit \ » Or, dans ce portrait de la simplicité chrétienne, François s'est peint lui-même trait pour trait, et il serait superflu d'y rien ajouter.
1 Entretien XIP.