LIV. V.— SES INSTRUCTIONS AUX SOEURS DE LA VISITATION
« la pratique des-vertus ; et dans le choix on prcfi'rera, non les « plus éclatantes, mais les plus humbles, les petites pratiques « de douceur, de patience, de support du prochain, d'applica- « tion à faire plaisir à toutes en toutes choses, sauf le péché; « enfin la modestie dans le regard, dans la parole, dans le « maintien, de manière à faire dire à ceux qui en seront té- « moins : Voilà de véritables épouses de Jésus-Christ, »
Pour les animer à la pratique de ces vertus, le saint directeur avait cert^iincs maximes favorites qu'il s'attachait à leur inculquer : « Tout tourne à bien, leur disait-il, pour ceux qui « aiment Dieu : nos misères servent à nous rendre humbles ; « nos afflictions, nos traverses et nos persécutions bien sup- « portées nous méritent un accroissement de bonheur sans « fin. Tout est vanité, hors l'éternité. Chaque jour nous appro- « che de cette éternité, et déjà nous y avons presque un de nos « pieds : pourvu qu'elle nous soit heureuse, qu'importe que le « passage, qui ne dure qu'un moment, soit un peu orageux!... « Est-il possible que, sachant que nos souffrances de trois ou « quatre jours produisent d'étemelles consolations, nous ne les « supportions pas de bonne grâce , puisque Dieu est notre « père, père si tendre qu'il veille continuellement sur nous, et « qu'un cheveu ne tombe pas sans lui de notre tète? Comment « ne sommes-nous pas toujours préoccujiés du soin de l'aimer « et de le servir? » C'était encore une de ses maximes, qu'il faut tenir son cœur dégagé de tout l'être créé, de toute attache aux lieux, aux pei*sonnes, aux temps, aux actes même particuliei's des vertus, pour s'attacher uniquement à la volonté de Dieu, ne chercher sa consolation, son repos, sa gloire, que dans la croix du Sauveur, au pied de laquelle il faut faire mourir ses humeurs et ses aversions, ses passions et ses incUnations, son imagination et ses sens. « Car, disait-il souvent, il « faut beaucoup souffrir pour Dieu avant de jouir de Dieu '. »
Les rehgieuses de la Visitation recevaient avec respect ces
• Entretien vn*.
beaux enseignements , et s'efforçaient d'y conformer leur conduite. Mais, considérant combien il serait utile de les avoir par écrit pour les méditer souvent, et les transmettre comme un précieux héritage aux religieuses à venir, elles formèrent le pieux projet de recueillir, après chaque entretien de l'homme de Dieu, chacune ce que lui rappellerait sa mémoire; puis, de réunir ces pièces éparses et de recomposer le discours dans son ensemble.
Le succès de ces saintes fdles dépassa leur espérance : par un effort de mémoire intelligente vraiment merveilleux, elles reproduisirent exactement la parole de leur père, et donnèrent au monde le beau livre des Entretiens spirituels du saint évêque: en lisant cet ouvrage, on croit entendre François lui-même : c'est son style, sa couleur, sa manière; il parle avec la simplicité d'un ami qui converse, la précision et la clarté d'un docteur qui instruit, l'onction d'un saint qui tire tout ce qu'il dit d'un cœur pénétré et n'enseigne que ce qu'il pratique.
Là, il pose à ces saintes fdles trois lois de la vie spirituelle, qu'il dit être d'une utilité nonpareille et propre à donner une grande paix et suavité intérieure^ parce qu'elles sont toutes d'amour. La première est de tout faire pour Dieu, et rien pour soi ; non pas seulement en ce qui regarde le temporel, mais encore en ce qui regarde le spirituel et le progrès de l'âme dans la perfection. « Oh ! que nous serions heureux, dit-il, si nous fai- « siens tout pour Dieu ! car son amour est inflni pour l'âme « qui se repose en lui. » La seconde loi est de ne rien rabattre de son exactitude à tous ses devoirs au milieu des privations, des sécheresses et des sacrifices par lesquels il plaît à Dieu de nous faire passer. « Un seul acte fait avec sécheresse d'esprit « vaut mieux, dit-il, que plusieurs faits avec une grande ten- « dreté, parce qu'il se fait avec un amour plus fort, quoique « moins tendre et moins agréable.» La troisième loi est de bénir également Dieu dans les événements fâcheux ou prospères ; et le saint explique sa loi par l'exemple de Job : «Le nom du Sei- « gneur soit béni! disait le saint homme Job : c'était là son canti-' « que d'amour, qu'il chantait en toute occasion: voyez-le réduit