‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 193 sur 231 · LIV. VH. — SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

LIV. VH. — SON HUMILITÉ

« disait-il, sont les plus odoriférantes et les plus arrosées du « sang du Sauveur; elles mortifient et sanclilient le cœur plus « efficacement que les cilices, les disciplines et autres mortifi- « cations extérieures qui font passer pour un saint \ »

Par ce j)rincipe il estimait qu'il ne fallait jamais parler de soi ni en bien ni en mal. mais chercher par le silence à se faire oubHer* ; et quand on venait lui dire du mal de soi, il avait pour pratique de vous prendre au mot et même d'enchérir encore, afin de corriger cet amour-propre déguisé qui ne parle mal de soi que pour en faire bien penser. Une religieuse élevée à la supériorité lui ayant parlé de son mcapacité pour cette place : « Vous avez bien raison, lui dit- il : celles qui vous ont « nommée n'ignoraient pas votre incapacité, la petitesse de votre « esprit, la faiblesse de votre jugement, tous vos défauts si pa- « tents ; mais Dieu a permis votre élévation pour vous presser « de vous corriger : il faut y travailler avec zèle, mais aussi « avec confiance en la puissance de la grâce. » La même chose arriva à M. de Belley : ce prélat lui ayant dit combien il se sentait loin de la sainteté que demande l'épiscopat : « Ce que vous « dites est bien vrai, répondit le saint prélat, et je le crois plus « que vous. Je vous regarde comme un homme sauvé du nau- « frage ou sortant d'un incendie dont la fumée vous a tout ba- « sané le visage ; mais, après tout, il faut rehausser votre cou- « rage vers la perfection, mettant votre confiance en Dieu, qui « se plail à élever sa puissance sur notre infirmité et sa force « sur notre faiblesse. »

François, cependant, répondait autrement quand on lui faisait de ces aveux qui content beaucoup à l'amoui-propre et ne peuvent venir que d'une franche humilité. Alors il était ravi et félicitait avec une grande effusion de tendresse celui qui avait le courage de parler ainsi. M. de Belley l'éprouva lui-même d'une

* Esprit de saint François de Sales, III' part., sect. xxi. — VU" part., sect. xxiii. — XVIII" p., sect. xxv et u. — XI" p., sect. xxvm.

* Idem, P" p., sect. xiii. — IP p.^ sect. xxx. — XVP p., fect. xxxv. — X" p., sect. XIX. — XIV'" p., sect. xxix.

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manière remarquable. François ayant eu occasion de parler (le son peu de mémoire : '( Oh ! dit M. de Belley, vous n'avez « point à vous plaindre; la mémoire et le jugement se trouvent « rarement dans un même homme à un degré éminent : vous « avez le jugement qui est la meilleure part ; moi, j'ai la mé- « moire; mais que je vous céderais de grand cœur une partie de « ma mémoire pour avoir un peu de votre jugement ! car ce « dernier me fait bien défaut. » A ce mot, François ravi se jeta à son cou el, l'embrassant, lui dit avec un aimable sourire : « Oh! que vous me faites plaisir ! Je n'ai jamais connu qu'un « autre homme qui m'ait dit comme vous qu'il n'avait guère de « jugement : c'est là une pièce dont ceux qui en manquent da- « vantage se croient ordinairement les mieux pourvus. On « trouve assez de personnes qui se plaignent de leur mauvaise « mémoire ou des passions de leur cœur; mais personne ne veut « reconnaître avoir peu de jugement : chacun repousse ce repro- « che comme une infamie. Ne vous inquiétez point, ajouta-t-il; « le jugement croîtra en vous avec l'âge ; c'est un des fruits de « l'expérience et de la vieillesse. 11 n'en est pas de môme de la « mémoire ; plus on avance en âge et moins on en a : c'est pour- « quoi je n'espère pas que la mienne devienne meilleure; mais « pourvu que j'en aie assez pour me souvenir de Dieu, cela me « suffit : Memor fui Dei et delectatus sum \ »

Du reste, l'humilité de François n'avait rien de triste et de sombre, elle était pleine d'amabilité et de grâce : « L'abaisse- « ment ou le mépris de soi, disait-il, doit être pratiqué douce- « ment, paisiblement, constamment, et non-seulement suavea ment, mais avec allégresse et gaieté de cœur^. » Elle était encore plus éloignée du découragement qu'inspire à certaines âmes la vue de leurs misères : ceux qui se dépitent de se voir imparfaits ressemblaient, selon lui, à ceux qui se meurtrissent le visage par le chagrin de n'être pas assez beaux, et qui aug-

* Esprit de saint François de Sales, I" p.. scct. xxxiv, ^ Lettre ccccxlix'.

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