LIV. VII. - SON HUMILITÉ
mentent leur difformité au lieu de la guérir '. « Ayez patience « avec tout le monde, écrivait-il à une dame *, et j)rincipalement « avec vous-même; je veux dire : >'e vous troublez point dans « vos imperfections, et travaillez toujours avec courage à vous « en relever; recommencez tous les jours, sans croire jamais « avoir assez fait ; il n'y a point de meilleur moyen pour bien « achever la vie spirituelle. Comment reprendrons-nous les « autres avec un esprit de douceur, si nous nous reprenons « nous-mêmes avec dépit, chagrin et aigreur? Comment nous « corrigerons-nous nous-mêmes, si nous n'avons l'esprit Iran- « quille et en repos? Entin, l'humilité demande que nous nous « croyions encore bien loin de la perfection, et qu'en cette vue « nous recommmencions chaque jour. »
Si l'humilité de François de Sales était éloignée du découragement, elle l'était plus encore des sentiments du philosophe qui foulait aux pieds l'orgueil de Platon par un orgueil plus grand. Ln jour qu'on citait devant lui comme des axiomes ces quatre paroles : Spernere mundum, speruere nnUiim, spernere sese, spernere spenii : « J'ai, reprit-il, quelque chose à redire « sur tous ces mépris : 1° spernere mundum, cela est vrai si « l'on veut parler des faux biens ou des jugements du monde; « cela est faux si on l'entend des personnes ; 2° spernere nul- « lum, dit trop peu ; il faut estimer et respecter chacun comme « l'image de Dieu, et même comme valant mieux que nous: « 5° spernere sese, cela est vrai si on entend ce qui. en nous, « est de nous ; cela est faux si on entend ce qui, en nous, est de « Dieu, car il faut l'estimer et le respecter ; 4° spernere sperni, « est mauvais et sent l'orgueil : il faut estimer le mépris comme « chose qui nous est due, être content qu'on pense de nous « comme nous, qu'on nous aide à nous compter pour rien et « ne voir dans les opprobres que des dons de Dieu, dignes de « notre amour et de notre reconnaissance*. »
* Esprit de saint François de Sales, XVII* p., sect. ix.
* Lettre clxxvu*.
^ Esprit de saint François de Sales, XII* p., sect. xiu.