SON ESPRIT DE PAUVRETE
« Je n'ai jamais connu, dit sainte Chantai, une ànie aussi « désintéressée et aussi complètement vide de toute affection « aux choses de la terre, que notre bienheureux père. » Un jour, deux personnes l'ayant prié de s'intéresser en leur faveur auprès du duc de Savoie pour obtenir quelque grâce, et lui ayant promis une bonne récompense s'il réussissait : « Vous « ne me connaissez pas, leur repartit-il avec douceur ; je suis « homme sans intérêt et ne fais jamais rien pour de l'argent, « mais soyez certain que je m'emploierai avec plus d'affection a pour votre affaire que si c'était pour moi. » Une autre personne lui ayant souhaité, dans une lettre, beaucoup de prospérité et de grandeur temporelles: «Bon Dieu! lui répondit-il, « que me souhaitez-vous là? de la grandeur et delà prospérité ! « parla grâce divine, je n'en attends et n'en désire d'autres, en « ce misérable monde, que celles que le Fils de Dieu a eues « dans la crèche de Bethléem... Quiconque a son cœur au ciel « ne se met point en peine des choses de la terre. » On lui disait un jour que le monde se moquait de ceux qui n'aspiraient pas à se faire une position aisée et brillante : « Et moi, répon- « dit-il, je me moque de ces niaiseries-là. L'une de mes plus « grandes consolations, c'est de m'imaginer n'avoir rien et de « penser que, quand je mourrai, je n'aurai rien... Mon plus « grand désir, c'est de manquer de quelque chose du néces- « saire, pour imiter Jésus-Christ, le roi des pauvres, et je ne « me trouve jamais mieux que quand je suis moins bien...