‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 196 sur 231 · LIV. Vil. — SON ESPRIT DE PAUVllETÉ. 43a · texte numérisé non relu

LIV. Vil. — SON ESPRIT DE PAUVllETÉ. 43a

« 11 faut vivre en ce monde, disait-il à un de ses prêtres, comme « si nous avions l'esprit au ciel et le corps au tombeau \ La « sagesse du monde dit : Bienheureuses les maisons qui sont « riches! Mais Notre -Seigneur a dit : Bienheureux sont les « pauvres! La vraie béatitude, en cette vie, est de se contenter « de ce qui suf/it : rien ne suffira jamais à celui à qui le suffi- « sant ne suffit pas*. » Aussi disait-il souvent ce mot d'un auteur italien : Povero si. ma contenta : Je suis pauvre, mais je suis content. « Car, qui n'aimerait, ajoutait-il, la pauvreté que « Notre-Seigneur a tant aimée, et dont il a fait la fidèle com- « pagne de toute sa vie? » Quand on semblait le plaindre du peu de revenu de son évêché : «Et qu'avaient donc les Apôtres? « répondait-il. Eux, qui étaient de bien plus grands évoques « que nous, n'en avaient pas autant; et combien d'honnêtes « gens qui ont moins que moi! ... 3Ion évêché, disait-il encore, « me vaut autant que l'archevêché de Tolède : car il me vaut « le paradis ou l'enfer, aussi bien que celui de Tolède à son ar- « chevèque, selon que l'un et l'autre nous nous comporterons « en notre charge. Je m'estime même aussi riche qu'aucun « évêque de France, parce que mes revenus suffisent à mes be- « soins ^. C'est un grand revenu que d'avoir ce qui suffit, lors- « qu'on y joint la piété qui nous apprend à nous en contenter. « Quand on a plus, on dépense davantage ; on a un plus grand « train, plus de domestiques qui vous ruinent, et souvent on « n'a pas plus de reste que moi ; quelquefois même on s'endette, « et j'estime une grande richesse de ne rien devoir. Quand on « a peu, on a moins à donner, moins de soins pour dépenser, « moins de soucis pour conserver ou distribuer, et moins de « comptes à rendre à Dieu. Pour être content de ce peu, il n'y a « qu'à considérer ceux qui sont plus pauvres que nous : car « nous ne sommes pauvres que comparativement. Si nous ne

Dép. de l'abbé Legay.

Lettre dlxxi*.

Dép. de Pernet

« voulons que le nécessaire, nous ne serons presque jamais « pauvres; si nous voulons tout ce que la passion demande, « nous ne serons jamais riches : le secret, pour nous enrichir « en peu de temps et à peu de frais, c'est donc de modérer nos « désirs, c'est d'imiter les sculpteurs, qui font leur ouvrage par « soustraction, et non les peintres, qui font les leurs par addi- « tion. Pour moi, je connais à peine la pauvreté : Dieu m'a été « si bon qu'il m'a donné ce que désirait le sage, un état mi- « toyen entre les besoins de l'indigence et l'abondance des ri- « chesses ; et, content de mon sort, je m'estime riche *.

Ce fut cet esprit de pauvreté évangélique, Cette élévation d'âme au-dessus de tous les biens de ce monde, qui lui inspira et le renoncement à son patrimoine en faveur de ses frères, et ses immenses aumônes, et cette indifférence avec laquelle il vit la saisie de son temporel par le sénat de Chambéry, et ces refus généreux de tout honoraire, soit après la mission du Chablais, dont on voulait au moins rembourser les frais, soit après les stations prèchées à la cour, à Dijon, à Saint-André-des-Arts, et cette résistance à toutes les propositions d'abbayes et de riches bénélices, qu'on lui fit si souvent.

Sous l'inspiration de ce même esprit, il sut restreindre ses besoins jusque dans leurs dernières limites. Il n'avait que le nombre indispensable de serviteurs, tous vêtus proprement, mais simplement, sans rien de riche ni de brillant, sans épées ni panaches. Lui-même ne portail jamais d'habits de soie ou de grand prix ; ses vêtements de dessus étaient de serge violette, décents et propres dans leur simplicité ; ceux de dessous étaient de peau ou faits des restes usés des habits de dessus, et presque toujours rapiécés; sa table était des plus frugales, et en 1603, 1604 et 16120, où il y eut une grande cherté de grains, il fit encore des retranchements sur son ordinaire. Tous ses meubles étaient simples, quoique convenables ; tout son évêché, enfin, révélait

' Esprit de saint François de Sales, XIV° p., sect. xxxiv. — VHP part., sect, V, — 11° p., sect. xxi et xxii. — IV°p , sect. xiv.

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