‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 208 sur 231 · LIV. VII. — SA PATIENCE · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA PATIENCE

souffrant on sert Dieu plus parfaitement qu'en agissant, persuadé d'ailleurs que ses souffrances étaient peu de chose auprès de ce qu'il méritait, auprès surtout de ce que >'otre -Seigneur avait enduré pour lui, il ne voulait jamais demander sa guérison : «Ja- « mais, disait-il, je n'aurais le courage de prier Notre-Seigneur « de guérir mon mal de tète par le mérite de celui qu'il endura « dans son chef adorable, de guérir mon mal d'yeux par le « mérite de ses yeux souffrants sur la croix, et de me rendre la « santé en considération de ses douleurs, comme s'il n'avait « souffert qu'aiin que nous ne souffrissions plus. » Le saint évèque cachait même ses infirmités et les portait debout tant qu'il le pouvait, disant que le lit n'était fait que pour les grosses maladies; et, lorsque le mal le forçait à garder le lit, il recevait avec un air gracieux et reconnaissant les bons offices de tous ceux qui le servaient, prenait sans répugnance tous les remèdes, toutes les boissons, comme tous les aliments qu'on lui présentait; et, s'oubliant en quelque sorte lui-même, il ne songeait qu'à Dieu et à ses serviteurs, à Dieu pour se recueillir en lui et dans la méditation des biens éternels, à ses serviteurs pour compatir à la peine que leur donnait le soin de sa personne.

Ce n'était pas qu'il ne sentît en son àme une vive opposition à la souffrance ; mais il la maîtrisait par un effort de vertu, et pratiquait excellemment ce qu'il racontait lui-même d'un autre : c'était une personne très-malade ; il s'approche d'elle, loue sa constance, exagère ses douleurs, admire son courage, son silence, son bon exemple : « Ah! mon père, reprit-elle, que « dites-vous là? vous ne voyez pas les révoltes de ma nature, « tout y est en désordre et sens dessus dessous; si je m'écou- « tais, je crierais et me dépiterais, je murmurerais et maudi- « rais ; mais Dieu bride mes lèvres avec un frein qui fait que je « n'ose me plaindre sous les coups de sa main, que j ai appris « par sa grâce à aimer et honorer. Je suis comme ce prophète « que l'ange portait par un cheveu ; ma patience ne tient qu'à « un petit filet, et si Dieu ne m'aidait, je serais perdue. — Ah !

« dit le saint prélat, lorsqu'il se fut retiré, voilà la vraie pa- « lience chrétienne, non-seulement courageuse, mais humble « et aimante ; et n'allez pas le lui dire, de peur qu'elle n'en con- « çoive de la vanité qui gâterait en elle toute l'économie de la « grâce, dont les eaux ne coulent que dans les vallées de l'hu- « milité. »

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