‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 213 sur 231 · LIV. VII. — VÉNÉRATIOX DONT IL EST L'OBJET · texte numérisé non relu

LIV. VII. — VÉNÉRATIOX DONT IL EST L'OBJET

sures ; et, comme on lui demandait ce qu'il en voulait faire : « C'est, répondit-il, que je prévois qu'un jour tout cela sera « des reliques, et, quoiqu'on les ménage, il n'y en aura pas « assez pour tous ceux qui seront empressés d en avoir'. » Sainte Chantai, qui connaissait mieux encore le fond de cet homme angélique, raconte qu'elle l'avait en telle vénération, que, quand elle recevait de ses lettres, elle ne les ouvrait et ne les lisait qu'à genoux ; elle les baisait par respect et en regardait tout le contenu comme provenant de l'esprit de Dieu*. «Un « jour, dit-elle, il m'échappa de le qualifier de saint dans une « de mes lettres; il m'en reprit, me disant que l'Eglise ne K m'avait point donné le pouvoir de canoniser. Mais, ajoute- « t-elle, tout ce que j'ai connu de cette sainte âme est tout à « fait au-dessus de ce que j'en puis dire, et je n'estime pas « qu'aucune langue humaine puisse raconter tout ce que Dieu «avait mis de vertu dans ce saint prélat... Notre-Seigneur « n'avait rien oublié pour la perfection de cette àmc que sa « main puissante et miséricordieuse s'était elle-même formée . « Mon Dieu! oserais-je le dire, il me semble que ce saint prélat « était une image vivante en latjuelle Jésus-Christ s'était peint ; « car véritablement l'économie de cette çainlë àme était tout « à fait surnaturelle et divine, et je ne suis pas seule en cette « pensée : quantité de gens m'ont dit que, quand ils voyaient « ce bienheureux, il leur semblait voir >'olre- Seigneur en « terre. » Saint Vincent de Paul parlait de François de Sales comme sainte Chantai. M. de Belley raconte * (ju'il lui dit un jour à Paris, que rien ne lui rappelait tant la manière de vivre de Notre-Seigneur, durant sa vie mortelle, que la contenance angélique du saint évèque de Genève, et qu'on pouvait dire de lui qu'il était non-seulement revêtu, mais tout rempli de Jésus- Christ.

' Recueil de la mère Greffier, p. '2'2.

- Dép. de sainte Chantai, art. li.

"' Esprit de suint François de Sales, IV* part , sect. i.

m* VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.

Après la mort du saint prélat, l'explosion de vénération fut bien plus remarquable encore et plus universelle. Le modeste mausolée élevé à sa mémoire, dans l'église de la Visitation, devint un lieu de pèlerinage où l'on accourut de toutes parts, apportant des offrandes en or et en argent, des lampes, des cœurs et autres symboles de vénération : les fidèles se pressaient pour y prier ; les prêtres y affluaient pour offrir le saint sacrifice près du corps du bienheureux ; et depuis le matin jusqu'à midi, l'autel était constamment occupé. Ses lettres, ses livres, ses habits, tout ce qui avait été à son usage fut recueilli pieusement comme autant de reliques. Son portrait se répandit de toutes parts; le duc de Savoie lui-môme voulut l'avoir dans sa chambre et aimait à le saluer avec un religieux respect. Il n'y eut pas jusqu'aux hérétiques de Genève qui ne rendissent hommage à sa mémoire. Le ministre Turretin dit pubhquement qu'il fallait avouer que « M. de Sales aurait été l'homme (( le plus parfait et le plus accompli du monde, s'il n'eût été .si « affectionné à la religion romaine. » Et l'on sut par le baron deChâteauvieux,qui vivait au milieu des Genevois, qu'ils convenaient que, si leur secte leur permettait d'honorer quelqu'un comme saint, ils auraient moins de répugnance à rendre un culte religieux à cet homme qu'à tout autre dont il soit parlé depuis les apôtres * .

Au milieu de cette vénération universelle, la France, que François de Sales avait tant aimée, ne resta point en arrière ; la piété de ses fidèles l'invoqua comme un saint, et ses évéques ne furent que les organes du sentiment général lorsque, dans l'assemblée du clergé de 4625, ils adressèrent au pape Urbain VIII une lettre collective pour demander la béatification du serviteur de Dieu : voici cette lettre, beau monument de la piété de l'épiscopat français *.

• Dcp. de seigneur de Charmomj et de François Favre.

* Collection des procès -verbaux des assemblées générales du clergé de France, t. II; pièces justificatives, p. 155. — On peutj lire le texte latin; nous ne donnons ici que la traduction.

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