‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 222 sur 231 · LIV. VII. — BULLE DE SA CANOMSAÏION · texte numérisé non relu

LIV. VII. — BULLE DE SA CANOMSAÏION

V. Fortifié par ce vœu, comme par mi remède salutaire, il vint à Padoue prendre des leçons de juiispi'udence. Là il eut occasion d'éprou" ver plus d'une fois les heureux effels de son vœu : il triompha des arlitices de quelques condisciples, qui avaient poussé l'effronterie jusqu'à essayer de corrompre sa vertu par les charmes de quelques Temmes impudiques. Il op[K)sa à ces malheureuses une résistance invincible, et les mit en fuite en leur crachant au visage.

VI. Le cours de ses études terminé, il se rendit à Rome pour y considérer les vestiges de la piété primitive, qu'il voulait retracer dans sa conduite. C'est là que sa foi et sa religion trouvèrent un théâtre digne d'elles, et qu'il attira du ciel une abondance merveilleuse de grâces du Saint-Esprit pour élever l'édifice de sainteté, commencé dès sou enfance, conservé et augmenté dans le feu de la jeunesse.

VU. Ainsi François, vainqueur du monde et de lui-même, retourna dans sa patrie pour y recueillir les fruits des connaissances qu'il avait acquises dans ses études. Ses espérances et celles de ses compatriotes ne furent point vaines. L'évèque Granier, qui gouvernait alors le diocèse de Genève, eut, en le voyant, un pressentiment de l'abondanfe moisson que sou arrivée promettait à cette église ; et, pénétré de joie, il s'écria, par un esprit prophétique, qu'il avait en lui son successeur.

VIII. Un libre et vaste champ s'ouvrit alors au zèle de François, pour travailler, connue il le désirait, au salut des âmes : car quoique, pour «béir à son père, il eût pris la charge d'avocat général, il rejeta la robe de séiiateur dès qu'il eut cotnni qu'on voulait l'engager dans le mariage, auquel il avait renoncé par son vœu ; il entra dans le sacerdoce, après avoir passé successivement par tous les degrés des saints ordres, et il fut élevé à la dignité de prévôt de la grande église d'Annecy. Conformément à la maxime qu'il avait continuellement dans la bouche et dans le cœur : Tout ce qui n'est pas pour l'éternité n'est que vanité, il donna tous ses soins à rappeler aux hommes la pensée de l'éternité. Il institua pour cela la confrérie des Pénitents de la Sainte- Croix; il ramena dans le sein de l'Kglise des hérétiques d'un grand nom : et, en outre, armé du glaive de la parole de Dieu, il attaqua, par ordre de l'évèque, l'hérésie de Calvin, qui régnait dans le Chablais et les pays circon voisins.

I\. Il est impossible d'exprimer avec quelle ardeur, quelle constance,

quelle allégresse, quelle ferme confiance en Dieu, quelle inébranlable charité pour le prochain, il a combattu l'hérésie el soumis ces peuples au joug lie la vraie foi .

X. On rapporte que du haut de la forteresse des AUinges, portant ses regards sur les vastes campagnes des environs, et contemplant les déplorables ravages que la religion catholique y avait soufferts de la part de l'hérésie, l'ardeur de son zèle s'enflamma au point qu'il poussa de profonds soupirs, et il ne put avoir de repos qu'il ne se fût rendu à Thonon, capitale de la province. Là, ayant levé l'étendard de la vérité, et se faisant tout à tous, il vint à bout, à force d'instructions et de patience, de relever la religion abattue, et de renverser, comme un autre David, l'impiété dominante.

XI. Mais ce qu'il y eut de plus admirable en lui, c'est qu'il ne désespéra, ni en aucun temps, ni en aucun lieu, des affaires de la religion : toujours infatigable, jamais les obstacles ne l'étonnèrent ; lorsqu'il ne pouvait les vaincre, il trouvait l'art de les éviter ou de les éluder. N'ayant pas la liberté de dire à Thonon la sainte messe, il allait tous les jours au château des Âllinges, distant de quatre milles, pour y célébrer le saint sacrifice ; et, pour la même raison, il traversait chaque jour la rivière de la Drance, en rampant avec les pieds et les mains sur une pièce de bois couverte de glace.

XII. En butie aux calomnies, traité partout de perturbateur du repos public, de séducteur des peuples, d'insigne magicien, ni la crainte de l'infamie, ni les embûches qu'on lui dressa, ni les -dangers de mort auxquels il fut exposé, ne purent lui faire abandonner, en aucune manière, le rétablissement de la foi catholique, qu'il avait entrepris.

XIII. Jamais il ne prit conseil de la prudence mondaine, ni du respect humain; mais, se ressouvenant du conseil de l'Evangile, lorsqu'il ne pouvait pas paraître au grand jour et rendre un témoignage public à la foi, il se retirait et semblait disparaître quelques instants, pour reparaître, après un peu de silence, et s'élever plus vivement que jamais contre l'hérésie. Il contenait pour un temps l'impétuosité de son zèle, en se retirant dans des fours, dans de vieilles masures, dans l'horreur des sombres forêts, dans une profonde glacière ; là il se cachait comme dans la tente du Seigneur, pour échapper plus aisément aux embûches des hérétiques en se dérobant à leurs regards.

XIV. De là, retournant au combat avec une sublime magnanimité, en vain avait-il des preuves manifestes qu'on en voulait à s;i vie, il s'en

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