‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 223 sur 231 · LIV. VII. - BULLE DE SA CANONISATION · texte numérisé non relu

LIV. VII. - BULLE DE SA CANONISATION

riait, et il refusait les soldats qu on voulait lui donner poin- le défendre, en sorte que le baron d'Hermance, gouverneur du château des Allinges, l'ayant prié de ne sortir du château qu'avec une escorte, il répondit qu'il n'avait besoin que de celle des saints Anges, que la Providence lui avait donnée.

XV. Et comme le même commandant soutenait que les hérétiques devaient être domptés par la force, et lui montrait les pièces d'artillerie et la garnison de la place, en lui offrant de les mettre à sa disposition pour réprimer les hérétiques ou les ramener à de meilleurs sentiments, François fit bien voir la haute estime qu'il avait de la divine parole, en répondant qu'il n'y avait point besoin de machines là où Dieu permettait qu'on put annoncer sa parole.

XVI. Dieu ne permit pas qu'une si admirable confiance fût trompée ; car des assassins, envoyés pour le perdre, l'ayant enfin trouvé, se jetèrent sur lui l'épée à la main pour le tuer ; mais sa présence et sa douceur les désarmèrent. C'est ainsi que Dieu n'abandonne jamais les défenseurs de la foi, qui s'appuient sur la confiance en la divine Providence.

XVII. C'est pourquoi le serviteur de Dieu, assuré de la protection céleste par d'innombrables expériences, aima mieux poursuivre les intérêts de la Religion que d'exécuter les ordres de son père, qui lui commandait de pourvoir à la sûreté de sa vie, exposée à des embûches continuelles, et de revenir dans sa maison, où il poin-rait vaquer au service de Dieu dans la sûreté et le repos.

XVIII. Au contraire, il s'appliqua à la défense de l'Église avec plus de soin et de zèle que jamais ; et, comme on avait mis des obstacles à ce qu'il travaillât à la conversion des hérétiques par le ministère de la prédication, il se mit à les instruire par écrit, et composa plusieurs petits ouvrages de controverse, où il attaquait l'hérésie jusque dans ses derniers retranchements. Il fit tant, qu'il parvint à ériger une paroisse à Thonon, et que peu après il ramena à la lumière de la vérité plusieurs hommes distingués par leur science, dont l'autorité servait d'un grand appui au mensonge, et dont la conversion contribua beaucoup à la propagation de la religion catholique dans ces contrées.

XIX. Au milieu de ces heureux succès, il se tint toujours dans les limites d'une sage prudence, de peur qu'en agissant avec trop de liberté, il ne vînt à ruiner l'œuvre de Dieu. C'est pourquoi, comme il faisait à Thonon les fonctions de curé, et qu'il portait le saint Viatique

aux fidèles dangereusement malades, il ne le faisait pas puliliquement, pour prévenir les irrévérences que les hérétiques auraient pu commettre contre cet adorable sacrement ; mais il portait la sainte hostie dans une boîte d'argent suspendue à son cou, marchant d'un pas grave, d'un air vénérable, son chapeau sur la tête, enveloppé de son manteau, et sans saluer personne dans le chemin.

XX. Le bruit de son habileté à ramener les hérétiques engagea Clément VIIl , notre prédécesseur d'heureuse mémoire, à lui ordonner d'entreprendre la conversion du ministre Théodore de Bèze, le plus zélé défenseur du calvinisme, et de conférer seul à seul avec lui, dans l'espérance que le retour de celte brebis au bercail de Jésus-Christ, servirait à en ramener beaucoup d'autres. François s'acquitta admirablement de cette commission. Il alla à Genève au péril de sa vie, et eut plusieurs conférences avec Bèze ; il lui montra si clairement la vérité, qu'il le força de reconnaître ses erreurs. Mais, par un secret jugement de Dieu, il ne put le décider à rentrer dans le sein de l'Église; grâce ineffable dont ses péchés le rendirent indigne.

XXI. En ce temps, une cruelle contagion infecta Thonon et le pays d'alentour : elle moissonnait chaque jour un nombre prodigieux de personnes. François de Sales pourvut aux besoins corporels par ses charités, et aux spirituels par ses instructions, avec tant de bonté, de persévérance et d'industrie, qu'il se fit universellement aimer et admirer ; on ne pouvait comprendre comment il pouvait subvenir à tant de nécessités, surtout ayant refusé des sommes d'argent qui lui avaient été offertes par plusieurs personnes, et en particulier par l'évêque Granier.

XXII. C'est pourquoi l'évêque, poussé par tant de marques de sainteté si peu équivoques, voulut l'avoir pour coadjuteur de sa sollicitude pastorale. Il l'envoya à Rome pour des affaires qui concernaient la foi catholique, et il pria notre prédécesseur Clément VIII de l'honorer de cette dignité. Le Souverain Pontife se fit un plaisir de déférer à cette demande ; il lui fit subir, selon la coutume, un examen, où François donna de telles preuves de sa doctrine, que, s'étant prosterné aux pieds du saint Père, celui-ci le fit relever, l'embrassa et lui adressa ces paroles : Buve^i:,, mon fils , de l'eau de votre citerne, et de la source vive de votre puits ; que vos eaux coulent au dehors, et quelles deviennent des fontaines pid)liques oit tout le monde puisse se désaltérer.

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