LIV. VII.— BULLE DE SA CANONISATION
XXKI. Élevé à cette nouvelle dignité, qui donnait un surcroît d'autorité à son zèle, il se livra tout entier au soin d'augmenter la religion catholique et de diminuer l'hérésie. De retour à Annecy, il lit seul tout à la place de l'évèque absent : il établit un séminaire et fonda à Thonon la sainte maison, où se trouvaient différentes manufactures et un magasin de marchandises, pour détourner les habitants de la ville et des lieux voisins du commerce avec les Genevois ; car il n'ignorait pas combien est dangereux, pour le salut. Te commerce avec les impies.
XXIV. La constance du serviteur de Dieu fut mise à de nouvelles épreuves. L'ennemi dont il est parlé dans l'Évangile , le semeur de zizanie, avait excité la guerre entre la France et la Savoie. Les Genevois voulurent profiter de cette conjoncture pour favoriser l'hérésie, sous prétexte de porter du secours à la France ; ils s'emparèrent du ' Chablais et du bailliage de Ternier, en chassèrent les curés catholiques, et envoyèrent des prédicants de la secte de Calvin dans les bourgs et les châteaux voisins, pour semer partout le poison de l'erreur et arracher le bon grain de la vérité catholique.
XXV. François ne l'eut pas plutôt appris, que, se souvenant de cette jjarole du roi-prophète : Quand je verrais des armées entières camper contre moi, mon cœur serait sans crainte ; au plus fort du combat, mon espérance en Dieu sera inébranlable, il se jeta, avec le courage que la religion inspire, au milieu des camps. On l'arrête, et, suivant l'usage de la guerre, on le conduit au commandant, le sieur de Vitry, capitaine des gardes du corps du roi. 11 en fut reçu avec les plus grandes marques d'honneur, et renvoyé avec des ordres royaux qui défendaient de rien innover en matière de religion, et commandaient que, dans tous les endroits où l'on aurait fait des innovations, les choses fussent rétablies sur l'ancien pied.
XXVL Non content de cette victoire , qui réparait les pertes de la religion, il en remporta une autre qui enrichit la religion des pertes de rhérésie. Car, comme le pays de Gex était du domaine de la France, il se rendit auprès du roi à Paris, et obtint de lui des lettres-patentes, qui lui permettaient de prêcher en ce pays les vérités catholiques, et il y prêcha avec tant de grâce et d'efticacité, qu'il convertit un grand nombre d'hérétiques.
XXVII. Il avait une éloquence à laquelle il était difiîcile de résister, et que la sainteté et l'innocence de son cœur lui avaient méritée du
ciel. C'est pourquoi le roi très-chrétien ne crut personne plus propre que François à gagner le cœur de Jacques l", roi d'Angleterre, et à le faire plier sous le joug de la vraie foi ; et Paul V, noire prédécesseur d'heureuse mémoire, le délégua, quelques années après, pour terminer, en qualité d'arbitie, les différends qui étaient survenus entre l'archiduc Albert, l'archiduchesse Claire-Eugénie et le clergé de la Franche-Comlé.
XXVIII. Mais, quoique son zèle pour les intérêts de l'Église calhohque fût très-ardent, il était cependant retenu et resserré pendant sa coadjutorerie, d'un côté, par l'autorité de son père, qui le rappelait sans cesse à des soins domestiques, de l'autre, par le respect dû à son évcque, sur les fonctions duquel il craignait de paraître vouloir empiéter. La mort de l'un et de l'autre le mit en pleine liberté de suivre les mouvements de sa charité, et d'aller partout où le pousserait sa piété.
XXIX. Jouissant donc de la plénitude de son autorité, il remplit dans toute son étendue les fonctions d'un évcque. On le vit veiller avec grand soin à garantir son troupeau de la dent meurtrière des libertins et des hérétiques habitués à dresser, comme les loups, des embûches aux brebis ; on le vit publier de saintes ordonnances pour établir le bon ordre dans le clergé, faire vivre d'une manière pieuse et édifiante tous ceux qui composaient sa maison, se proposer pour modèle les saints Pères et les plus respectables évoques de l'antiquité, tenir des synodes, rétablir les anciennes lois de la discipline ecclésiastique, ou en faire de nouvelles, surtout travailler sans relâche à conserver la rehgion catholique dans toute sa pureté, soit en formant les mœurs des catholiques, soit en réfutant les erreurs des hérétiques, soit en ramenant au troupeau de Jésus-Christ les brebis égarées.
XXX. Par là, et surtout pour avoir (tiit rentrer dans le sein de TEglise deux gentilshommes du pays de Cex, il anima tellement contre lui les ministres calvinistes, que, poussés par la rage et la fureur, ils le firent empoisonner; mais il n'eu mourut [)oint, par un elfet de la protection de la sainte Vierge, à laquelle il se recommanda .
XXXI. Un si grand danger, bien loin de refroidir son zèle, ne lit que l'animer plus que jamais à travailler au ministère de la divine parole. Ses prédications lirenf, à Dijon, à Grenoble, à Paris et en d'autres lieux, de glorieuses conquêtes à la foi catholique ; il convertit entre autres Claude Boucart, professeur public de théologie à Lausanne.