‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 225 sur 231 · LIV. VII. — BULLE DE SA CANOMSATIOiV · texte numérisé non relu

LIV. VII. — BULLE DE SA CANOMSATIOiV

François, duc de Lesdiguières, vice-roi du Dauphiué. B.irl)eri et Jacques Philippe, célèbres ministres de la sci;te de Calvin.

XX\[l. Et pour ne laisser, relativement à ses prédications, aucun sujet de douter delà pureté de ses intentions, il refusa généreusement tout l'argent qui lui fut offert sous le titre d'honoraire, ou de témoignage d'estime, même par des princes, au point que, la duchesse de Longueville l'ayant prié d'accepter une bourse pleine d'or, il lui répondit qu'il voulait donner gratuitement ce qu'il avait reçu gratuitement, et qu'il ne voulait d'autre récompense de la préthcation évangélique que le salaire précieux promis par le maître de la vigne aux ouvriers qui la cultivent.

XXXIII. Ou sait qu'étant grand aumônier de Christine, duchesse de Savoie, il se contenta de porter le titre de celte dignité ; et refusa toujwrs, avec une grande modestie, la pension qui y est attachée, et que, cette princesse lui ayant fait présent d'un diamant très-précieux, de la valeur de cinq cents écus, il le destina pour les pauvres en disant : Ceci sera bon pour nos pauvres d'Annecy.

XXXIV. Mais sa constance devait être mise à de plus fortes épreuves, afin de faire éclater la grandeur de sa foi. Deux choses sont surtout propres à ébranler la foi : ce sont la perte et le gain. Mais en vain le démon fit-il briller l'un et l'autre aux yeux de François. Sa foi, bien loin d'en souffrir le moindre affaiblissement, en reçut un nouveau lustre.

XXXV. Le roi de France lui fit savoir que son intention était qu'il se rendît au pays de Gex pour y conférer avec le baron de Luz, lieutenant royal au duché de Bourgogne, sur les moyens de rétablir en ce pays l'exercice public de la religion catholique. Le Rhône, qu'il fallait traverser pour aller à Gex, était alors si enflé par les pluies, qu'on ne pouvait le passer en bateau sans un danger évident de perdre la vie. 11 y avait un pont à Genève, mais il fallait traverser cette ville ; c'est ce que François fit avec intrépidité, sans être muni d'autres armes que la prière, sans quitter ses habits d'évêque, et sans dissimuler sou nom.

XXXVI. Après avoir resté une heure à Genève, il arriva heureusement à Gex. Des hommes impies, pour troubler l'alïliire de religion qui l'y avait amené, l'accusèrent, à la cour de Savoie, d'avoir entrepris ce voyage pour traiter avec le roi de France, et lui faire transport de ses droits sur la ville de Genève. D'abord on rejela celte calonmic ; ensuite

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olie trouva créance dans l'espiit du sénat, qui, soit pour punir, soit poin- intimider l'évèque, donna un arrêt qui déclarait ses biens confisqués au profit du prince.

XXXVII. François, sans s'émouvoir, répondit qu'on se trompait en croyant que cet arrêt lui eùlfait tort, qu'il ne l'envisageait que comme un avertissement que Dieu lui donnait d'être tout spirituel, puisqu'il n'aurait plus de temporel. Le sénat, touché de ces paroles, lui demanda pardon, et lui rendit tous ses biens ; car telle est la loi de Dieu, que la foi rende l'homme plus respectable, à {)roportion de ce qu'il souffre pour elle.

XXXVIII. Si François fut insensible à la crainte des pertes, il ne le fut pas moins aux attraits du gain, quoique cachés sous le spécieux prétexte du bien. Il refusa la dignité de coadjuteur de Paris, qu'on lui offrait en lui alléguant qu'un revenu plus considérable le mettrait audessus du besoin. Il donna pour raison de son refus cette parole de l'Ecriture : Le Seigneur me gouverne, il ne me laisse manquer de rien, c'est lui qui m'a placé dans le lieu de pâturage où je suis.

XXXIX. Il n'est pas surprenant que François, ayant établi avec tant de solidité le fondement de la foi, ait élevé jusqu'au comble de la perfection un parfait édifice de sainteté, orné de toutes les vertus, et que l'Eglise ii"hésile pas à attribuer, d'un consentement unanime, à un si graïul homme les honneurs et les prérogatives des saints.

XL. 11 avait un amour tendre et compatissant pour les pauvres, il en portait toujours avec lui un catalogue, et il s'appliquait surtout à soulager les |)auvres honteux. Sobre dans sa nourriture, simple dans ses vêtements, il se retranchait sévèrement à lui-même toute superfluité, niin de se tenir dans une sainte économie, et d'avoir plus abondamment (le quoi pourvoir à la misère des pauvres ; car le caractère de la véritable charité est de se retrancher à soi-même pour ajouter à ce iju'on donne aux autres.

XLI. Ainsi il envoyait aux pauvres les mets qu'on servait sur sa table ; il se dépouillait de ses habits de dessous, et même de sa chemise, pour les en couvrir; il mettait en gage sa vaisselle d'argent, ses chandeliers, ses burettes et même son anneau pastoral, pour ne pas laisser les pauvres dans le besoin.

XLII. Pour mettre la chasteté des pauvres lilles hors de danger, il leur procurait une dot, la plus considérable qu'il pouvait. U recevait

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