UV. V. — FONDATION D'UN MONASTÈRE A LYON
que ce que Dieu voulait. Assuré de ses filles, il demanda l'agrément de leurs parents'; et, le 25 janvier, il fit partir madame de Chantai avec les mères Favre, de Chàtel et de Blonay. et quelques-autres qui n'avaient pas encore fait profession. La petite troupe, arrivée à Lyon, descendit dans une maison près des Feuillants qu'on leur avait préparée. L'archevêque, M. de Marquemont, alors député aux Etats généraux, ne put présider à leur installation; mais la cérémonie n'en eut pas moins lieu avec la plus grande solennité le 2 février, et ce jour-là même, quatre aspirantes s'associèrent à la nouvelle communauté et prirent l'habit.
Trois faits remarquables signalèrent cette fondation : le premier, ce fut un sentiment extraordinaire d'amour dont la grâce embrasa le cœur de madame de Chantai au sortir de la communion, et qui, depuis cette époque jusque plusieurs années après, produisit en elle, chaque fois qu'elle communiait comme un violent incendie qu'elle avait peine à supporter. « Alors, dit-elle, j'étais abîmée dans le sentiment de mon vœu, « de faire toujours tout ce que je connaîtrais être le plus par- « fait, et il me semblait qu'à chaque communion ce feu brûlait « et consumait quelque chose de mes imperfections, quoiqu'il « agît fort tranquillement. » Chose plus merveilleuse encore, le directeur de ces saintes filles ayant, pour éprouver leur obéissance, commandé à la mère de Chàtel de prendre au milieu d'un brasier une barre de fer rouge, elle le fit à l'instant même sans en éprouver la moindre brûlure. Enfin, troisième merveille, quand on ouvrit les lettres patentes royales, expédiées par erreur pour l'ordre de la Présentation, afin de remplacer ce faux titre par le titre véritable de la Visitation, le changement se trouva tout fait en magnifiques caractères, sans qu'on pût l'attribuer à aucune main d'homme *.
Mais ces faveurs du ciel furent bientôt compensées par de
* Lettre cccxiv*.
* De Cambis, t. II, p. 435.
cruelles épreuves. Les parents de madame d'Auxerre, personne pieuse qui s'était associée à la communauté naissante, mus par la crainte que sa fortune ne passât au nouveau monastère, qu'elle soutenait presque seule, firent saisir tous ses biens, en vomissant l'injure contre les religieuses, de sorte que la maison subit tout à la fois la double peine et de la plus extrême indigence et des plus odieuses calomnies. Heureusement, le ciel vint à leur secours : un jour que madame de Chantai n'avait rien pour donner à manger à sa communauté , elle n'eut pas plutôt dit à genoux un Pater pour demander à Dieu le pain de chaque jour, qu'un inconnu sonne à la porte du couvent, dépose entre ses mains quatre-vingts écus, sans dire autre chose sinon que celui qui envoie cette aumône la supplie de prier Dieu pour lui. Un autre jour, au nioment où, désirant avoir un ciboire d'argent pour le très-saint Sacrement , elle priait Jésus- Christ de prendre soin de lui-même^ lui qui prenait tant de soin de ses épouses, un inconnu vint lui apporter un ciboire en vermeil, en énonçant le vœu qu'on s'en servit au plus tôt ^
François joignit ses consolations à celles de la Providence, et, dans l'espace de cinq semaines , il écrivit à madame de Chantai jusqu'à cinq lettres pour l'encourager et la fortifier au milieu de ses épreuves. Dès le lendemain de son départ, il lui avait adressé une première lettre qu'on devait lui remettre sur la route: « La Providence vous assistera, lui disait-iP ; invo- « quez-la avec confiance en toutes les difficultés : à mesure que « vous allez, prenez courage et réjouissez-vous de contenter « Notre-Seigneur, dont le contentement réjouit tout le paradis. « Faites suavement et joyeusement l'œuvre qu'il vous a confiée. « Vos anges d'ici tiennent leurs yeux sur vous et sur votre pe- « tite troupe , et ne vous peuvent abandonner ; les anges de « France qui vous attendent enverront à votre rencontre leurs « bénédictions et vous regardent déijà avec amour allant vers
' De Cambis, t. II, p. 455.
- Lettre cccxv*.