‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 29 sur 231 · LIV. V. - ESPRIT DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. V. - ESPRIT DE LA VISITATION

« passer, et des cardinaux l'ont dit aussi : car, disent-ils, il est « des choses qui n'ont pas besoin d'être autorisées, parce « qu'elles sont loisibles, lesquelles, quand on veut les faire au- (' toriser, sont examinées diversement; et le pape est bien aise « que la coutume autorise plusieurs choses qu'il ne veut pas « autoriser lui-même à cause des conséquences. » Toutefois le saint évêque éprouva à ce sujet quelques critiques; il avait cru devoir modifier le petit office pour les fêtes principales de l'année en y intercalant le chapitre, les versets et l'oraison du jour, à la place du chapitre, des versets et de l'oraison de la sainte Vierge. On trouva à redire à cette disposition, et le pieux fondateur fit celte douce réponse à la censure : «Mon Dieu ! que celte « plainte est délicate ! les pères de l'Oratoire font bien plus, et « en Italie plusieurs évêques ont composé entièrement les offi- « ces des saints de leur église. Mais, pour loîit adoucir, il fau- « dra se borner à faire mémoire de la fête à la fin de l'office. » Rien de gracieux et de pur comme ce qu'il dit en donnant ces constitutions à ses religieuses sur l'esprit qui devait vivifier la lettre de la règle : madame de Chantai appelle ce court entretien l'abrégé de toute la perfection de l'institut: voici quelle en fut l'occasion. Une religieuse lui ayant, dans la candeur de son àme et la simplicité de son langage, adressé cette question : « Monseigneur, si vous étiez religieuse parmi nous, comment « feriez-vous pour être bien parfait? — Ma chère fille, lui ré- « pondit-il avec un doux sourire, vous demandez ce quejefe- « rais : je ne ferais pas si bien que vous, sans doute ; car je ne « vaux rien; mais il me semble qu'avec la grâce de Dieu je me « tiendrais si attentif à la pratique des moindres observances, « que je gagnerais par là le cœur de Dieu : je garderais parfai- « tement le silence ; mais, cependant, je parlerais même au « temps du silence quand la charité le demanderait. Je parle- « rais bien doucement et y ferais une attention particulière. « parce que les constitutions l'ordonnent. Je fermerais et « ouvrirais les portes très-doucement, parce que notre mère « le veut et que nous voulons bien faire tout ce qu elle veut II. 6

« qu'on fasse. Je tiendrais les yeux baissés et marcherais <( fort modestement : car Dieu et ses anges nous regardent « toujours et aiment extrêmement ceux qui font bien. Si l'on '( m'employait à quelque chose, je l'aimerais bien et tâcherais « de faire tout à propos. Si l'on ne m'employait à rien, je ne « me mêlerais de rien que de bien obéir et de bien aimer No- « tre-Seigneur. Oh! il me semble que je l'aimerais bien de tout « mon cœur, ce bon Dieu, et que j'appliquerais tout mon es- « prit à cela, ainsi qu'à bien observer les règles. 11 faut tout « faire le mieux que nous pouvons : car nous ne nous sommes « faites religieuses que pour cela : mais il ne faut pas nous <( étonner de nos fautes : car nous ne pouvons rien sans l'aide, « de Dieu. Je serais bien joyeux et je ne m'empresserais ja- « mais ; cela. Dieu merci, je le fais déjà : car jamais je ne m'em- « presse; mais je le ferais encore mieux. Je me tiendrais bien « bas et bien petit, je saisirais les humiliations qui se rencon- « treraient, et si je n'en rencontrais pas, je m'humiUerais de « ce que je ne suis pas humilié. Je tâcherais le mieux possible « de me tenir en la présence de Dieu et de faire toutes mes ac- « lions pour son amour; car qu'avons-nous autre chose à faire « en ce monde? Je travaillerais à me quitter moi-même et « laisserais faire de moi tout ce qu'on voudrait. Dieu nous en « fasse la grâce et soit béni, »

Ainsi François de Sales substituait aux austérités corporelles le détachement le plus parfait, l'humilité la plus profonde, l'obéissance fidèle et l'esprit de pauvreté. Dieu bénit visiblement un institut si fortement empreint de l'esprit de l'Evangile ; jusque-là que le saint évêque vit de son vivant fonder treize monastères, et madame de Chantai seule en fonda quatrevingt-sept. Impossible de méconnaître dans ce grand développement l'action de la Providence, qui non-seulement fournit selon les besoins des sujets éminents et presque autant de supérieures que de religieuses, mais qui encore ménagea merveilleusement les chances de succès. Aussi on attendait son indication avec respect et on la suivait avec amour; mais jamais on ne

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