‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 33 sur 231 · LIV. VI. — CONVERSION REMARQUABLE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — CONVERSION REMARQUABLE

un qui contrefaisait le possédé, sans l'être en effet, ce dont il le reprit sévèrement; et, ayant constaté la possession des autres, il prononça sur eux les exorcismes et eut la consolation de les délivrer V

Mais ce qui lui donna plus de bonheur encore, ce fut le retour à la vraie foi d'environ quinze hérétiques de Genève, et .surtout de madame de Saint-Sergues, personne de qualité et d'un esprit remarquable, habile dans la controverse , qu'elle étudiait depuis vingt-deux ans, aussi instruite qu'aucun ministre, et d'une si grande autorité dans sa secte qu'on l'appelait Varchimimstresse. Cette dame étant venue à Annecy voir quelques amies qu'elle avait dans cette ville, on lui proposa d'aller saluer l'évêque, dont la réputation était si grande. « Dieu m'en « garde, répondit-elle d'un ton méprisant: c'est un mauvais « homme, un enchanteur, un magicien, un sorcier que nous «avons en horreur, à cause de ses fourberies. — Mais au « moins, lui dit-on, consentez à l'entendre prêcher une fois. » Elle s'y résigna ; et, dès qu'elle l'eut vu et entendu, elle sentit décroître ses préjugés, désira même lui être préîjentée. Le saint évêque l'accueillit avec sa grâce ordinaire, la laissa débiter toutes ses invectives contre la religion catholique avec une chaleur et une violence qui ne connaissaient aucune mesure, sans que lui-même perdît rien de son incomparable douceur; et quand elle eut cessé de parler, il réfuta tout ce qu'elle venait de dire avec tant de calme, de bonté et de grâce, que, toute hors d'elle-même, elle ne savait qu'admirer davantage, ou la tranquillité de son âme, ou la solidité de sa doctrine. Cependant elle ne se rendit pas ce premier jour ; elle revint discuter plusieurs autres points ; et, enfin s avouant non-seulement convaincue, mais charmée des beautés de la religion catholique, elle se décida généreusement à se convertir*. Ce saint évêque entendit sa confession, et choisit, pour la réconcilier à l'Église et l'admettre

» Charl.-Aug., p. 418.

- Charl.-Aug., p. 419.

à la sainte table, l'oratoire même de la Visitation. « Comme <( j'espère, écrivit-il à madame de Chantai', que les anges et « surtout la reine des anges regarderont le spectacle de la der- « nière action de la réduction de cette âme, je désire qu'elle se « fasse autour de votre chère petite troupe, afin que nous soyons « tous regardés avec une joie extraordinaire par ces esprits « célestes, et que nous fassions avec eux le festin d'allégresse « sur cette enfant prodigue revenue à la maison de son père. »

L'abjuration d'une personne de ce mérite rendit furieux les hérétiques de Genève. Ils poursuivirent de leurs insultes et accablèrent d'injures madame de Saint -Sergues , qui non-seulement n'en demeura pas moins fidèle à la foi qu'elle avait embrassée, mais encore mit plus d'énergie à la défendre qu'elle n'en avait mis à soutenir la doctrine de Calvin. Ce bel exemple détermina plusieurs hérétiques à se convertir, entre autres un religieux italien, INÏcolas Barlholonio, lequel, abandonnant son cloître, était allé se marier à Genève. Cet apostat, sentant alors se réveiller plus poignant que jamais les remords de sa conscience, alla trouver le saint évêque, que tout le monde regardait comme le père des enfants prodigues ; et celui-ci non-seulement lui obtint l'absolution du saint-siége, mais encore lui procura un bénéfice à l'église cathédrale de Sion^.

Ces conversions furent suivies d'une autre qui eut bien plus de retentissement encore. François venait detfaire paraître une seconde édition de V Introduction à la vie dévote; et l'ouvrage, se répandant de plus en plus, portait dans toutes les âmes la lumière et l'onction de la vraie piété. Un exemplaire étant tombé entre les mains du baron de Monthelon, calviniste de la Jjor raine, ce seigneur fut si profondément touché de cette lecture, que, dans le transport de son admiration, il se mit aussitôt en route pour Annecy, voulant à tout prix voir l'auteur d'un livre si incomparable et conférer avec lui sur la religion.

* Lettre ccxvi^

- CharL-Auj.. p. 420. •

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