‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 34 sur 231 · LIV. \ I. — CONGREGATION DE L'ORATOIRE · texte numérisé non relu

LIV. \ I. — CONGREGATION DE L'ORATOIRE

Arrivé à Annecy, il se présenta à l'évèque, qui le reçut avec sa grâce ordinaire et lui donna tout le temps qu'il voulut. L'importunité du seigneur lorrain fut grande; mais le résultat fut consolant. Après six semaines de conférence, ce seigneur abjura l'hérésie et fît profession de la foi catholique *.

Vers cette époque, François apprit une nouvelle qui réjouit sa foi, la nouvelle de l'établissement de l'Oratoire. Dès avant son épiscopat, son zèle pour le bien de l'Eglise lui avait inspiré un projet semblable ; il avait compris combien serait utile une société de pieux et savants ecclésiastiques, qui oITrii'aient au clergé séculier un modèle de perfection sacerdotale, et seraient comme un séminaire de pasteurs exemplaires. Lors de son voyage à Paris, en 1602, il en avait conféré avec M. de BéruUe qui lui avait offert de le placer lui-même à la tète de l'œuvre : et sa modestie avait décliné une charge dont il croyait M. de Bérulle plus digne et plus capable que personne au monde. Depuis lors, cette idée était demeurée à l'état de projet : dans le vif désir qu'il avait de la voir réalisée, l'homme de Dieu avait demandé au saint-siége la permission de quitter au moins pour un temps son diocèse, afîn d'aider à commencer un si grand bien; et le saint-siége, qui sentait la nécessité de la présence d'un tel évêque dans un diocèse comme celui de Genève, n'ayant pas voulu y consentir, il ne put y contribuer que par ses vœux et ses prières : le ciel les entendit ; et, le 11 novembre de cette année 1611, M. de Bérulle commença cette célèbre congrégation qui a rendu de si grands services à l'Eglise. Le saint évêque en bénit Dieu, auteur de tout bien, et écrivit à cette occasion à la bienheureuse Marie de l'Incarnation : « J'eusse désiré, plus « qu il ne se \)eu{ dire, d'être utile à la sainte congrégation qui « éclùt maintenant sous la direction de M. de Bérulle ; mais je « ne puis en aucune façon, ?îotre-Seigneur ne m'en trouvant « pas digne. »

' Dép. de Faire. — Charl.-Aug., p. 421.

François se dédommagea du bien qu'il ne pouvait faire y Paris en se dévouant tout entier au bon gouvernement de son diocèse. Prompt à aller partout où sa présence pouvait être utile, nous le voyons vers cette époque à Gex, où il convertit un gentilhomme hérétique, et en amène plusieurs autres à confesser au moins la beauté de la foi catholique ; à Thonon, où il soutient et développe le grand bien qu'il y avait commencé ; au château de Sales, où il console sa belle-sœur malade, la baronne de Thorens, et relève son courage abattu. Le temps même qu'il mettait à aller d'un lieu à un autre était utilement employé. « J'atteste, dit un compagnon de ses voyages*, « que tout le long de la route il nous entretenait de Dieu et « des choses du ciel, mais d'une manière si ravissante, qu'on « se rappelait involontairement l'ange Raphaël voyageant avec « le jeune Tobie, et l'on ne pensait pas que l'envoyé céleste « pût mieux parler. 11 récitait d'abord l'itinéraire des clercs, <( puis le bréviaire, ensuite le chapelet, en disant sur chaque « grain un Pater et un Ave. Je lui demandai un jour raison « de cette méthode de réciter le chapelet. — Je le fais, me dit-il, « en vue de remercier le Père éternel d'avoir choisi Marie pour « être la Mère du Verbe incarné. De là, il prit occasion de « parler des sublimes prérogatives de la Mère de Dieu, et il « en parla dans un langage si suave, que nos cœurs étaient « ravis et merveilleusement excités à la dévotion envers la « sainte Vierge. La conversation dura jusqu'à notre arrivée à « Annecy ; et là, après m'avoir fait remarquer que saint Fran- « çois d'Assise avait été redevable à l'intercession de Marie de « toutes les grâces dont le ciel l'avait comblé, il me dit en « finissant : — Soyons les dignes enfants de la Mère et du Fils, « imitons les vertus de l'un et de l'autre. »

Aussi aurait-on peine à compter tous les miracles par lesquels Dieu se plaisait à manifester la sainteté de son serviteur. Un jour une mère désolée vint à lui, tenant dans ses bras sa

' Dép. de Rendu.

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