‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 35 sur 231 · UV. VI. — MIRACLES QU'IL OPÈRE · texte numérisé non relu

UV. VI. — MIRACLES QU'IL OPÈRE

jeune enfant qu'une fièvre continue, depuis trois mois, mettait en péril de mort. Il bénit la malade en disant : « Dieu vous « guérisse, ma lille. » Et à l'instant elle fut guérie. Un autre jour, étant allé voir un malade à la dernière extrémité, sans connaissance et abandonné des médecins, il dit à sa femme qui fondait en larmes : « Ne pleurez point; prions Dieu, votre « mari vivra. » Et peu de jours après, le malade était debout, parfaitement rétabli. Encouragé par ces exemples, on lui amena, au moment où il se préparait pour monter à l'autel, im jeune homme paralytique de naissance et tout contrefait : il commença par le confesser ce jour-là ; il le fit communier le lendemain ; le troisième jour, après la messe, il lui imposa les mains sur les épaules, et aussitôt tous ses membres se redressèrent, reprirent si parfaitement leur état normal, que le malade put s'en retourner à pied. Un prêtre de Rumilly, à la suite d'une fièvre ardente, était tombé dans une folie furieuse qui obligeait à le tenir renfermé pieds et mains liés ; trois fois il avait rompu ses chaînes et jeté partout l'épouvante, courant à travers les champs, les bois et les montagnes. Repris pour la quatrième fois et amené dans les prisons del'Évêché, il se livrait aux excès les plus affreux, lorsque l'évêque, passant devant la fenêtre de la prison, l'appelle à lui, touche sa joue à travers les barreaux comme pour le caresser, lui dit de remercier Dieu de sa guérison, et lui fait à l'heure même ouvrir les portes de son cachot. L'infortuné sort aussitôt plein de raison et de sens, tombe à genoux aux pieds de son libérateur et le bénit de sa santé recouvrée, qui n'éprouva plus depuis aucune altération \

Quand le saint évêque n'était pas en voyage, il s'occupait, dans sa ville épiscopale, à tout ce qui pouvait alimenter la piété. Il cherchait les meilleurs prédicateurs pour donner des missions dans son diocèse, prêcher les stations de l'Avent et du Carême, et leur enseignait la manière de prêcher la plus

• Charl.-Aug., livre VIÎ. — Dép. de Favre, qui était présent.

utile ; il leur recommandait surtout d'éviter toute vanité dans le style, toute affectation dans les gestes ou le langage : « 11 « faut, leur disait-il, prêcher Jésus crucifié, mais avec un cœur « plein de zèle et d'amour ; c'est en vain que le prédicateur « parle, si le feu de la charité ne le hrùle en dedans V » Il adressait en même temps dans le monde et dans le cloître des lettres dictées par l'esprit de sagesse et de piété : il sollicitait auprès de la reine, Marie de Médicis, la restitution de toutes les églises et de tous les hénéfices du pays de Ox encore occupés par les hérétiques, ainsi que le rétahlissement des monastères*.

Pendant qu'il se livrait à tous ces travaux, un sénateur de Chamhéry, se présentant àrÉvêché d'une manière fort incivile, vint lui apporter une lettre du sénat, qui, pour des raisons qu'on ignore, le menaçait, comme déjà il l'avait fait autrefois, de lui retrancher une portion de son temporel. Le saint prélat, insensible à ce qui ne touchait que sa personne, mais s'estimant obligé à faire respecter sa dignité, répondit à ce commissaire avec une noble fermeté, poursuivit avec force et énergie la réparation de l'injure; et, par la puissance de ses raisons autant que par le crédit dont il jouissait à la cour de Turin, il obtint que le sénat lui fît des excuses. Sa dignité ainsi sauvegardée, il se vengea cette fois, comme il l'avait déjà fait à une autre époque, en nommant à un canonicat de sa cathédrale le neveu du sénateur qui lui avait si gravement manqué, et allant prêcher à Chambéry le Carême de cette année 4612 ^ « Là, raconte « un témoin oculaire *, il était occupé tout le jour à entendre « les confessions, à conférer en particulier avec ceux qui dési- « raient l'entretenir, à prêcher dans les maisons religieuses, à « la Sainte-Chapelle, aux pénitentes, aux congrégations des « jésuites, de sorte qu'il lui restait à peine quelques moments

* P-ëp. de liendii.

^ Lettres ccxlvi*. ccxlviii'", ccxus*" et ccl*.

'' Cliavl.-Aug., p. 425.

■* Dép. de Daimnnt.

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