‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 38 sur 231 · LIV. M -DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS. lOi · texte numérisé non relu

LIV. M -DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS. lOi

« humain, chacun peul employer ses forcée et celles de ses alliés « contre l'injuste agresseur et offenseur, aussi l'Eglise ou le « Pape (car c'est tout un) peut employer ses forces et celles des « princes chrétiens, ses enfants spirituels, pour la juste défense « des droits de l'Église contre tous ceux qui les voudraient « violer et détruire. Et d'autant que les chrétiens, princes et « autres sont alliés au Pape et à l'Église, non d'une simple « alliance ordinaire, mais de l'alliance la plus puissante en «obligation, la plus excellente en dignité, qui puisse être; « comme le Pape et les autres prélats de l'Église sont obligés « de donner leur vie et de subir la mort pour donner la nour- « riture spirituelle aux rois et royaumes chrétiens, ainsi les « rois el les royaumes sont tenus de maintenir au péril de leurs « vies et de leurs États le Pape et l'Église. Obligation inva- « riable qui s'étend jnsqu à la mort inclusivement; obligation « naturelle, divine et humaine, par laquelle le Pape et l'KgHse « doivent leurs forces spirituelles aux rois et aux royaumes, et « les rois leurs forces temporelles au Pape et à l'Eglise. Car les « pères sont aux enfants et les enfants aux pères ; les rois et \e> « princes ont bien une souveraineté temporelle ; mais le Pape « et l'Eglise n'y prétendent rien : le Pape est très-souverain « pasteur et père spirituel ; le roi est très-souverain prince et « seigneur temporel ; l'autorité de l'un n'est point contraire à « l'autre, mais elles s'entre -portent l'une l'autre. »

Ainsi François de Sales, si ferme pour tout ce que la foi el la charité commandent de dévouement au saint-siège, voulait pour le bien de la paix le silence réciproque des hommes de l'Eglise et de ceux de l'État, sur les questions en dehors de la foi. qu'on ne peut presque jamais traiter sans en faire jaillir la dissension et mille autres inconvénients, vrais volcans d'où sort, si on les remue, le feu de la discorde. 11 répétait souvent les paroles de l'Apôtre : Pocem habete. et Deiis pacis et dilectionis erit vobiscttm ' : « Que la diversité des opinions et des in-

* II Cor., xiii. II.

« térêts n'altère pokit votre paix, si vous voulez que le Dieu de <( paix et d'amour demeure avec vous. » Et, sachant qu'il est en tout temps, à travers le monde, certains esprits superbes, remplis d'eux-mêmes, qui n'aspirent qu'à se faire remarquer en pensant autrement que les autres, qui se font un plaisir de tout bouleverser, pourvu que leur gloire jaillisse du milieu des ruines, il ne redoutait rien tant que de voir soulever des questions à l'aide desquelles ces génies brouillons troubleraient la tranquillité si nécessaire au bien de la religion et de l'Eglise. C'est ce qu'il développe admirablement dans un mémoire, en <late du 2 juin de cette année 4612, adressé au cardinal Scipion Caffarelli Borghèse, mémoire qui nous révèle combien son âme se préoccupait des maux de l'Eglise, combien il en avait étudié les remèdes, et quels expédients, dignes du plus habile <liplomate, sa sagesse avait découverts pour venir à bout de tout pacifier. « Il est évident, écrit-il au cardinal', que la »( plus grande partie des parlements, des ministres d'Etat et « des catholiques de France se rangent sur ces questions du « parti qui est le moins favorable, ou, pour mieux dire, le plus « contraire à l'autorité papale, croyant par là faire l'avantage « de l'autorité ; et, si les choses vont plus^ avant, il est à craindre « qu'il ne s'ensuive une perte considérable et une déplorable <( division dans ce royaume; d'autant plus que, le roi devant « prendre dans trois ou quatre ans le gouvernement des af- « faires, il sera aisé à ceux de la faction contraire à l'autorité « du saint-siège de le tourner de leur côté; les hommes ayant, « principalement dans le temps où nous nous trouvons, un si « grand penchant pour l'autorité indépendante, inclination qui

' Ce mémoire, écrit en italien, fut découvert dans le siècle dernier, par M. Joseph-Loiiis-Dominique de Cambis, marquis de Villeron, dans un recueil manuscrit de plusieurs pièces fugitives dont il avait fait l'acquisition ; et on n'osa pas alors le publier, de peur de provoquer Tanimadversion des parlements, qui n'auraient pas admis la loi du silence, tant recommandée par saint François de Sales sur ces matières. [Voyex- le manuscrit de M. de Cambis, t. II. p, 321.)

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