‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 39 sur 231 · LIV. VI —DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS.IH · texte numérisé non relu

LIV. VI —DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS.IH

« est encore plus forte et plus dominante dans les jeunes gens, « comme étant naturellement hardis et téméraires, quoiqu'on « doive juger que le roi a des sentiments très-bons et très- « orthodoxes. »

En lisant ces paroles, qui n'admirerait la perspicacité de l'évêque de Genève, devinant la lutte entre la royauté et la papauté qui, se préparant sous Louis XIII, éclata sous Louis XIV, au grand détriment de la religion; lutte déplorable, dont le contre-coup a retenti dans les siècles suivants, et afllige parfois encore aujourd'hui les oreilles catholiques?

« Cette idée de secouer tout joug, continue l'auteur du Mé- « moire, étant un mal très-contagieux, passerait ensuite insen- « siblement d'un royaume à un autre, comme on l'a vu en « choses semblables; d'oii il paraît qu'il y a grand danger dans a les circonstances.

« Il ne semble pas que ce soit un remède de faire discuter la « question par de savants théologiens, attendu que plus la dGs- « pute sera animée, plus les esprits s'aigriront et la division « grandira : car. outre que les raisons des adversaires Ûatte- « raient l'oreille des grands, non parce qu'elles seraient vraies, « mais parce qu'elles seraientplus conformes à leur intention, il « ne manquera pas de théologiens qui, pour diverses considé- « rations, prendront parti contre.

« Le moyen le plus efûcace serait donc de traiter amiable- « ment avec la reine, pendant qu'elle a encore le gouvenie- « ment en main, et avec son conseil, en lui représentant que, « ne s' étant jamais élevé le moindre différend entre Sa Sainteté « et Sa Majesté, et au contraire notre saint-père ayant en toute <t occasion montré un cœur vraiment paternel et empressé pour « le bien, la prospérité et la grandeur de cette couronne, on « voit avec douleur que certains esprits inquiets, pointilleux et « ennemis de la sainte union qui règne entre Sa Sainteté et Sa « Majesté, viennent imprudemment mettre en doute si Sa Sain- « teté a pour celle couronne un véritable attachement ; qu'en « agitant ces inutiles questions, il se forme dans les esprits faibles

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« une défiance fâcheuse de la sincère affection de notre saint « père envers Sa Majesté et son royaume ; qu'en conséquence « on supplie Sa Majesté d'imposer silence à ces téméraires et a séditieuses disputes; comme Sa Sainteté, de son côté, l'im- « posera à de telles questions partout où il conviendra de le « faire ; d'autant plus que ces contestations, inutiles entre ca- « tholiques, sont très-dangereuses à l'égard des hérétiques qui « font trophée de nos divisions, et (jue la continuation de la « dispute, au lieu d'éteindre le feu, l'allume toujours plus.

a II est bien sûr que, dans cette guerre, une pieuse adresse, « une manière de procéder pleine de douceur et de prudence, « opèrent plus qu'un savoir enflammé et un esprit ardent. Ce « qu'on méprise tombe de soi ; ce qu'on combat avec feu ac- « quiert de l'importance. Spreta exolescunt ; si irascaris, « agnita videntur. La meilleure réponse qu'on puisse faire aux « esprits turbulents, c'est donc le mépris et le silence; de sorte « qu'il faudrait qu'à présent, en France, tous les prédicateurs « inculquassent, avec douceur et sans agitation, l'unité de « l'H^glise et la soumission au souverain pasteur, sans disputer « de son autorité sur les princes. A l'égard des personnes qui « parlent mal de l'autorité du Pape, il ne faudrait pas leur ré- « pondre directement, mais indirectement, en se plaignant « qu'ils agissent ainsi sans nécessité et avec une attention ma- « ligne de rendre odieux le saint-siège, qui est rempli de doute ceur et d'affection pour la monarchie française; il faudrait. « en révélant cette mauvaise intention, les rendre odieux eux- « mêmes, comme des perturbateurs du repos public, et faire « entrer doucement dans le discours la nécessité de l'unité ca- « tholique et l'attachement au saint -siège, qui est le nœud de « cette unité.

« Il conviendrait encore d'établir, par le moyen de prélats « prudents et zélés, une bonne intelligence entre la Sorbonne « et les Jésuites, afin que ces deux corps unis ensemble pussent « travailler plus efficacement au champ du Seigneur; et, pour « amener cette union, il faudrait en faire comprendre l'impor-

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