‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 41 sur 231 · DE PLUSIEURS POSSÉDÉS. — TRAVAUX DA.NS LE PAYS DE GEX · texte numérisé non relu

DE PLUSIEURS POSSÉDÉS. — TRAVAUX DA.NS LE PAYS DE GEX

(Année 1613.)

François de Sales, tout en travaillant sans relâche au dehors et au dedans de son diocèse, ne manquait point de dispenser la parole sainte partout où il en trouvait l'occasion. Un jour qu'il prêchait, dans l'église Saint-Dominique, sur la communion spirituelle, et cherchait à embraser ses auditeurs d'un grand désir de s'unir <à Jésus-Christ anéanti pour eux dans le sacrement de l'autel, il s'écria dans un saint transport : « Ah! que « tout le monde meure s'il ne veut vivre en Jésus-Christ et pour « sa gloire! » Et, comme il répétait ce cri plusieurs fois, et chaque fois avec une ferveur nouvelle, un pécheur public, touché de ces accents si apostoliques, se lève tout à coup, demande à haute voix, en se frappant la poitrine, pardon au ciel et à la terre de sa vie scandaleuse, et prie le saint apôtre de le réconcilier avec Dieu. Douze hérétiques, qu'il préparait depuis longtemps en particulier, viennent aussitôt après prononcer leur abjuration entre ses mains ; et, bénissant Dieu de cette double grâce, il emmène à sa table tous les nouveaux convertis. « Jésus- « Christ, leur dit-il, alla au festin avec joie, après avoir con- « verti Matthieu qui était publicain et pécheur public. Allons « aussi dîner joyeusement au nom et à l'exemple de ce Sauveur « adorable. » On se met à table, et la joie de son cœur rayonne sur son visage: «Monseigneur, lui demanda-t-on, qui vous

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« fait plus déplaisir, ou du pécheur revenu à la vertu, ou des « douze hérétiques revenus à l'Eglise? — Je me réjouis, répon- « dit-il. du retour des uns et des autres; mais la conversion « des hérétiques m'est un plus grand sujet de consolation, « parce qu'ils reviennent de plus loin, puisqu'ils n'avaient pas « encore dans le cœur la vraie foi, qui est le commencement « du salut ^ »

Malgré les consolations dont le ciel couronnait son z^e dans Annecy, François crut que la volonié de Dieu l'appelait à faire un grand voyage hors de son diocèse. Lors de la maladie de madame de Chantai, il s'était engagé par vœu, pour obtenir sa guérison. à faire un pèlerinage au tombeau de saint Charles, à Milan: il voulait, de plus, aller à Turin, d'abord pour recommander au duc de Savoie l'institut de la Visitation et le prier d'en favoriser les établissements qu on espérait former bientôt; en second lieu, pour obtenir de Son Altesse l'autorisation de confier à des religieux habiles le collège d'Annecy, que les laïques qui le dirigeaient avaient laissé tomber dans une complète décadence ; enfin pour prendre la défense d'un grand nombre de gentilshonmies accusés injustement de la mort du secrétaire du duc de Nemours, qui venait d'être assassiné dans le bois de Sonnaz, près d'Annecy, Pressé par toutes ces raisons si dignes d'un cœur comme le sien, il partit d'Annecy le 15 avril, accompagné de plusieurs ecclésiastiques et de quelques pieux laïques. Rien de plus édifiant que ce voyage : le saint évêque faisait faire à ses compagnons de route la prière en commun, leur donnait chaque matin les points de méditation, et fréquemment pendant la journée il les animait à la ferveur par les discours les plus touchants. « Durant le chemin, raconte le marquis de « Lullin qui l'accompagnait, ses actions et ses paroles célestes « imprimaient dans mon coeur un sentiment d'estime et de « respect que je ne puis exprimer. Il m'exhortait avec une sua- « vite forte et charmante à la pratique de toutes les vertus

* Année de la Visitation, 12 février.

« chrétiennes, me montrant qu'il est plus aisé qu'on ne pense « d'allier les vertus solides avec les emplois militaires ; que la « dévotion n'est point sauvage et farouche comme on la repré- « sente; qu'on peut la conserver à la cour comme dans les « cloîtres ; qu'elle est l'ornement des plus grands seigneurs ; que « de grands rois l'ont pratiquée sur le trône, et de grands capi- « taines au milieu des batailles, témoin David et saint Louis, « Judas Macchabée et ses frères, qui, dans les combats, étaient « des foudres de guerre et des saints devant Dieu ; et il m'ex- « posait ensuite avec une suavité divine combien la loi de Dieu « est juste, belle, douce, utile, aimable, facile à observer à « quiconque veut aimer Dieu et se confie en sa bonté pater- « nelle. D'autres fois, il s'attachait à faire ressortir la vanité « du monde, l'inconstance de la fortune, le peu de fond qu'il y « a à faire sur la faveur des grands et sur les grandeurs elies- « mêmes, nous montrant Dieu seul comme le seul fondement « sur lequel on puisse se reposera »

Arrivé à Turin, le pieux voyageur alla aussitôt offrir ses hommages au duc de Savoie, qui le reçut avec tous les égardsque méritaient son caractère et sa vertu. Ses premières paroles furent pour la défense des gentilshommes auxquels on imputait l'assassinat du secrétaire du duc de Nemours; mais, trouvant contre eux des préventions extrêmes, il crut prudent de ne pas insister pour le moment, et passa à la question de ses chères filles de la Visitation : le duc, sur son rapport, en conçut tant d'estime, que, non content d'accorder tout ce que le saint évêque demandait, il en écrivit l'année suivante au sénat de Chambéry pour lui recommander, avec le plus grand intérêt, cet ordre naissant, L'évéque l'entretint ensuite de l'état de décadence où se trouvait le collège d'Annecy, et durefus qu'en faisaientles Jésuites, incapables de suffire à. tous les établissements qu'on leur offrait. Le prince lui proposa d'y faire venir les Barnabites, si, après avoir visité les maisons qu'ils dirigeaient à Turin, Verceil et Milan, il

' Dép. du marquis de Lullin.

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