LIV. VI. — PÈLERINAGE DE MILAN
les trouvait dignes de sa confiance ; et il promit d'appuyer de tout son pouvoir leur établissement dans le collège': ce qui eut lieu en etfet, comme nous le verrons plus bas^.
Après cette entrevue, François partit pour Milan, où, en allant honorer un saint, il fut reçu comme un saint lui-même. Le 25 avril, jour de son arrivée, le cardinal Frédéric Borromée, cousin et successeur de saint Charles, informé de son approche, alla à sa rencontre, accompagné de don Juan de Mendoza, gouverneur de Milan, et voulut le loger dans son palais. L'humble prélat n' accepta point cette gracieuse invitation, mais demanda à demeurer inconnu comme un pauvre pèerin, pour satisfaire plus à loisir sa piété devant le tombeau de saint Charles, et remplir ainsi plus parfaitement le but de son voyage\ Le lendemain, en effet, revêtu des plus riches ornements que l'archevêque avait mis à sa disposition, il célébra la messe au tombeau du saint cardinal, versant des pleurs d'amour, et révélant par la rougeur de son visage le feu sacré qui était dans son cœur. Le sacrifice achevé, il resta plusieurs heures prosterné devant le corps du saint, lui demandant avec larmes une participation à ses vertus, la grâce de gouverner le diocèse de Genève comme il avait gouverné celui de .Milan et la force d'àme nécessaire pour ne pas succomber sous le poids des croix qu'il avait à porter*.
* Charl.-Aug., p. 455.
* Les Barnabites furent fondés à Milan en 1550, par trois saints prêtres. Morifjia, Ferrari et Zacharie, dans le but de catéchiser, de prêcher, de confesser, d'enseigner la jeunesse, de diriger les séminaires et de faire des missions. On les appela Barnabites, ou à cause de leur dévotion particulière envers saint Barnabe, ou parce qu'ils firent leurs premiers exercices dans une église qui portait le nom de cet apôtre. On les appela aussi clercs réguliers de saint Paul, parce que le prêtre qui les dirigea à leur fondation leur faisait lire assidûment les épitres de saint Paul. Cette congrégation a eu de tout temps des hommes éminents en science et en piété, comme Alexandre Sauli, l'apôtre de la Corse, et le confesseur de saint Charles, Charles Bascapé, évèque de Novarre, et Augustin Tomice, auteur des Annales sacrées.
^ Année de la Visitation, 25 avril.
* Charl.-Aug., p. 454.
Au retour de l'église, les prêtres qui l'accompagnaient n'eurent rien de plus empressé que de se communiquer les sentiments de leur admiration sur toutes les beautés et les magnificences de la cathédrale; mais, pendant qu'ils parlaient, le saint évêque ne disait mot. Surpris de son silence, ils lui demandèrent son avis. « Je vous avoue, répondit-il, que je n'ai rien vu. « — 31ais au moins, monseigneur, vous avez bien remarqué les « riches ornements qu'on vous a donnés pour célébrer la messe : « il est impossible que l'éclat des pierreries qui les recouvraient « n'ait pas attiré vos regards. — Je n'y ai pas pris garde, répon- « dit-il, parce que les ornements intérieurs de la sainteté du « grand cardinal Borromée m'ont tellement occupé, que je n'ai « pensé ni à la magnificence extérieure de l'église, ni à celle des « habits sacerdotaux \ »
Le saint prélat, après avoir satisfait sa piété, alla offrir ses hommages à l'archevêque et au gouverneur de Milan ; il savait que la politesse fait partie de la religion bien comprise : c'est la charité en action. Il alla visiter ensuite les Barnabites, selon la mission que lui en avait donnée le duc de Savoie; et, le général de €es rehgieux lui ayant proposé de se loger dans le même appartement où se retirait saint Charles lorsqu'il venait faire chez eux ses exercices spirituels, il accepta avec bonheur une offre qui s'accordait si bien avec sa vénération pour le saint archevêque. 11 demeura quelques jours parmi ces bons religieux, les étudia à fond pour s'assurer s'ils convenaient à la direction du collège ' d'Annecy, et, les ayant trouvés tels qu'il pouvait les désirer, il leur offrit cette direction, qu'ils acceptcrent^ Pendant ce tempslà, il ne manqua pas de retourner plusieurs fois au tombeau du cardinal, et y passa même une nuit entière en prières; après quoi, rappelé à Turin par la fête du saint Suaire qui s'approchait, il se remit en route, visita à Novarre le tombeau de saint Bernard de Menthon; et, affligé de l'état de délaissement dans
' Année de la Visitation, 26 avril.
- Ibidem, 28 avril.