‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 44 sur 231 · LIV. VI. - SON RETOUR A ANNECY · texte numérisé non relu

LIV. VI. - SON RETOUR A ANNECY

« des hommes pour diriger et servir les passants, lesquels, sans « eux , ne pourraient jamais traverser ces affreuses mon- « tagnes^ »

Continuant sa route, François arriva heureusement à Annecy le 25 mai, veille de la Pentecôte ; et, le lendemain, il célébra solennellement la messe dans la cathédrale. Les chanoines, par un artifice qui était dans le goût de l'époque, avaient placé à la voûte de l'église une certaine machine représentant les nues, de laquelle, après la consécration, devait sortir une colombe avec des flammes, pour simuler la descente du Saint-Esprit sur les apôtres : la machine manqua en partie son effet : on ne vit descendre de la nue artificielle aucune langue de feu ; mais la colombe en sortit ; et, épouvantée tout à la fois par la musique et parla multitude du peuple qui remplissait l'église, elle voltigea de toutes parts sans trouver où se réfugier. Enfin, lasse et n'en pouvant plus, elle vint se reposer sur la tête du saint évoque, debout à l'autel; ce qui émut tous les assistants, émerveillés de voir comment cette colombe remplissait admirablement son rôle en allant se placer sur celui en qui résidait si pleinement l'esprit de Dieu. François la laissa reposer sur sa tète tant qu'elle voulut, sans la chasser ni se remuer, tout absorbé qu'il était dans le désir de recevoir celui qu'elle figurait*. Le soir de ce même jour, il prêcha à vêpres, et dit aux assistants qu'il leur apportait la bénédiction du gaint archevêque de Milan : « Mais, ajouta-t-il, je dois vous adresseï* les mêmes pa- « rôles que disait saint Antoine à ses disciples après avoir visité « saint Paul : Je viens d'honorer les vestiges de la sainteté d'un « grand serviteur de Dieu, près duquel je ne :^uis qu'une ombre et « un fantôme d'évêque, indigne de baiser la trace de ses pieds '.»

Reprenant aussitôt en main le gouvernement de son diocèse, sans se permettre un jour de repos après ce long voyage, il se

» Charl.-Aug., p. 435 et 456.

* Dep. de Rendu, de François Favre et de plusieurs autres qui ont affirmé le fait comme témoins oculaires. — Charl.-Aug., p. 43G. ^ Année de la Visitation, 25 mai.

trouva, comme auparavant, accablé de travaux qui l'obligeaient à sacrifier jusqu'à la plus cbcre jouissance pour un esprit comme le sien, celle de l'étude. « Je suis, écrivait-il à un de ses amis*, <( dans un continuel tracas, que la variété des affaires de ce « diocèse me produit incessamment, sans que j'aie un seul jour « auquel je puisse voir mes pauvres livres que j'ai tant aimés « autrefois et que je n'ose plus aimer maintenant pour ne pas « me rendre plus pénible le divorce que j'ai fait avec eux. »

Parmi les personnes dont les visites absorbaient la plus grande partie du temps du saint évoque, se trouvèrent un jour des parents éloignés d'un curé mort naguère dans les montagnes duFaucigny. D'après la jurisprudence d'alors, lorsqu'un curé mourait sans héritiers reconnus par la loi ou institués par testament, ses biens, quels qu'ils fussent, revenaient de droite l'évoque. Affligés de se voir enlever un héritage sur lequel ils comptaient, ses parents s étaient adressés d'abord au surintendant de l'Evèché, Georges Rolland, le priant de prendre en considération leur pauvreté et d'engager son maître à se désister de ses droits, moyennant la somme de vingt ducatons ou soixante-dix-neuf francs de notre monnaie^, qu'ils lui offraient en dédommagement. Le surintendant, regardant une offre si minime comme une impertinence (car l'héritage valait dix fois plus), les avait renvoyés sans vouloir les entendre davantage. Eux, alors, espérant mieux de la charité du maître que de celle du serviteur, vinrent trouver l'évéque ; et, après l'exposé exagéré de leur pauvreté, après le récit du refus que leur avait opposé Georges Rolland, ils lui réitérèrent l'offre de vingt ducatons : François accepta aussitôt un échange si défavorable, leur fît, par acte sous seing privé, abandon de tout l'héritage, et, prenant gaiement les vingt ducatons : « Voilà, leur dit-il, « qui sera bon pour mes pauvres. » Le surintendant n'eut pas plutôt appris le fait, qu'il vint fort courroucé trouver son

* Lettre cclxxxiv*.

^ Leducaton valait 3fr. 45 cent, de notre monnaie.

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