‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 45 sur 231 · LIV. VI. — TRAIT DE DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

LIV. VI. — TRAIT DE DÉSINTÉRESSEMENT

maître et lui reprocher avec amertume l'embarras où il allait le mettre pour fournir à la dépense de la maison : « Eh ! mon « ami, reprit François avec un aimable sourire, si ce bon prêtre « ne fût pas mort, n'aurions-nous pas eu de quoi vivre? Mais « consolez-vous, mon cher Rolland, je n'y reviendrai plus. « Quant aux vingt ducatons, les pauvres en sont déjà saisis. » Sur ces entrefaites, un ami étant survenu et lui ayant témoigné sa surprise de voir sortir le surintendant en si mauvaise humeur : « C'est, lui dit François, que j'ai fait- une friponnerie à « M. Rolland; il comptait toucher une somme considérable « de quelques biens tombés en déshérence : je l'ai touchée sans « qu'il en sût rien, et je l'ai distribuée aux pauvres. Dieu nous « garde d'un plus grand mal ' ! »

La colère de Rolland fut de courte durée : plusieurs malheureux ayant été amenés à l'Evèché pour être guéris de leur maladie, que l'on croyait généralement être une possession du mahn esprit, le saint évêque les regarda tout pensif, sans rien dire- Rolland, surpris de ce silence, le pria de leur parler et de les guérir. « Ah! dit François en souriant, je suis bien aise « que M. Rolland m'apprenne à faire des miracles. » Puis il leur parla avec sa piété accoutumée, les bénit, et ils furent aussitôt parfaitement sains et calmes. Il en fit de même, peu de jours après, à dix autres infortunés que le démon tourmentait d'une manière horrible : après les avoir confessés et fait communier, il les délivra pleinement par sa seule bénédiction-.

François resta peu de temps à Annecy ; il en partit pour se rendre au pays de Gex, qui faisait l'objet continuel de ses sollicitudes. Les ministres hérétiques de ces contrées, soutenus par la république de Genève, encouragés par la politique timide de la France à l'endroit de l'hérésie, s'obstinaient à ne point rendre à l'Eglise les biens qu'ils lui avaient enlevés ; et les

' Charl.-Aug., p. 457.

^ Charl.-Aug., p. 437 et 438.

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prêtres qu'on y envoyait pour y rétablir la religion catholique manquaient des choses les plus nécessaires à la vie^ Sans se laisser décourager par l'inutilité de ses premières tentatives, François avait, l'année précédente, adressé à Louis XIII une requête sur ce sujet ; mais, le chargé d'affiiires de Genève à Paris ayant refusé d'en recevoir communication, et les seigneurs de sa république , qu'il avait informés de la démarche, en ayant écrit à la reine régente, la requête fut mise à néant. Débouté de ce côté-là, il fit agir un de ses amis, M. le Mazuyer, conseiller du roi, et plus lard premier président du parlement de Toulouse, pour obtenir qu'au moins les bénéfices, à mesure qu'ils viendraient à vaquer, fussent dévolus aux curés catholiques par la règle ordinaire du concours et la nomination de l'évêque. Ce digne ami sollicita pour le saint prélat non-seulement la concession du droit qu'il réclamait, mais encore une position meilleure, s'il pouvait l'attirer à Paris. Voilà ce qui explique cette lettre inédite de saint François de Sales, en date du 14novembre 1612^. «Notre pauvre Gex, lui écrit-il. est toujours « presque en môme état : ce qu'il y a de plus, ce ne sont que (v des dispositions qui promettent un meilleur avenir; il en faut « louer Dieu : nous ne méritons pas qu'il change subitement « les cœurs, comme il changea l'eau en vin. J'essayerai de faire « que rien ne manque autant que mon pouvoir s'étendra... « Votre bonté a impétré des lettres pour la nomination de nos « prêtres aux bénéfices , mais elles exigent tant de formalités « qu'elles ne pourront guère leur être utiles : car, s'il manque « la moindre chose, il ne manquera pas d'entrepreneurs qui (( attaqueront ces pauvres curés pour avoir leurs bénéfices, « viande si friande en ce temps, que les plus incapables en veu- « lent plus avoir. Je vous remercie de vos projets bienveillants « à mon égard ; je ne mériterai jamais cette faveur, si mes dé-

* Lettre ccLxxxiv".

'^ M. le marquis de Canibis dit avoir copié cette lettre sur l'original à Toulouse., chez madame la marquise de Thezan, arrière-petite-fdle de M. le Mazuyer, t. II, p. 347.

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