‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 46 sur 231 · LIV. VI. — REGLEMENTS POUR LE PAYS DE GEX · texte numérisé non relu

LIV. VI. — REGLEMENTS POUR LE PAYS DE GEX

« sirs de faire le bien ne tiennent lieu de mérite. Dieu, qui de « sa grâce a été jusqu'à présent avec moi en ce chemin ecclé- « siastique par lequel je chemine, m'a donné du pain à manger « et de l'eau à boire et des vêtements pour m'aiïubler ; c'est « bien assez pour m'obliger à le tenir pour mon Dieu, à lui « dresser des autels à Gex, en France et partout où il lui plaira « employer ma misère pour la gloire de sa miséricorde. Je vous « parle ainsi, monsieur, dans la confiance de l'amitié, non pas « pour faire le refuseur, mais pour vous dire que je ne serai « jamais prélendeur. Cui quod satis est non est satis, illi nihil « salis est. »

Les bons offices de M. le Mazuyer n'obtinrent que de médiocres résultats; et François comprit qu'il ne lui restait qu'à faire par lui-même, dans le pays de Gex, tout le bien qu'il pourrait : il y passa donc tout le mois de novembre: et, à force de zèle et d'industrie, il vint à bout d'y rétablir l'office divin en huit paroisses, Gex et Farges, Pérou et Chalex, Ussy et Divonne, Thoiry et Sacconay ; il obligea les curés qu'il y plaça à y résider constamment, sous peine d'être privés d'une partie de leur bénéfice, proportionnelle au temps de leur absence : il pourvut toutes ces églises de ce qui leur était nécessaire, fixa l'heure de la messe et des vêpres, prescrivit le prône et le catéchisme chaque dimanche, le chant d'une antienne à la sainte Vierge chaque samedi, et des prières régulières pour les morts. En même temps il assigna à l'instituteur catholique de Gex un revenu annuel de neuf cents florins, ou quatre cent quatorze francs de notre monnaie' ; ordonna à tous les patrons de rétablir les chapelles qui relevaient d'eux, sous peine d'être privés (lu droit de patronage, nomma le curé de Gex administrateur de tout ce bailliage sous le bon plaisir du roi de France, et défendit aux capucins d'y faire d'autre quête que celle du vin et du froment et d'y rien se permettre d'important sans le consulter ^.

' Le florin valait 46 centimes de notre monnaie. * Charl.-Aug., p. i58 et 457.

Au milieu de ces graves occupations , on aime à entendre le saint évèque, non moins attentif à son salut qu'à celui des autres, dire à madame de Chantai * : « Parmi tant d'affaires, V je ne sais de quel côté me tourner : mais notre Sauveur me « donne un certain courage nouveau de l'aimer, servir et ho- « norer plus que jamais de tout mon cœur, de toute mon âme « et de tout moi-même ; je dis de tout moi-même, m'étant avis « que jusqu'à présent je n'ai point eu l'ardeur convenable à « tout ce que je dois à cette immense bonté. Il nous faut faire « des efforts pour devenir saints et rendre de grands services à u Dieu et au prochain. Les affaires de la religion qui s'accrois- « sent ici tous les jours me feront rester plus longtemps que « je ne pensais, mais certes très-agréablement, puisque c'est « pour la gloire de Dieu et le service des âmes qu'il a ra- « chetées. »

Le bien que fit François dans ces contrées laissa encore beaucoup à désirer. Par suite de l'obstination des ministres à garder les biens ecclésiastiques, les pasteurs et les églises étaient toujours dans la plus extrême pauvreté. Plusieurs fois le vigilant pasteur porta ses plaintes jusqu'à la cour; et Louis XIII, encore mineur, appréciant cet élat de choses, mais ne pouvant y remédier à l'instant , lui envoya trois cents écus pour pourvoir aux réparations des lieux saints les plus urgentes. L'homme de Dieu se hâta de lui en témoigner sa reconnaissance par une lettre pleine de grâces ^, où, après avoir dit que « les faveurs qui viennent de si haut lieu sont toujours en « grande estime, parce qu'elles sont comme les arrhes de plus « grands bienfaits pour l'avenir, » il lui exprimait l'espoir que « la royale bonté de Sa Majesté regarderait d'un œil pro- « pice la misère profonde où l'hérésie avait réduit ce pauvre « pays. »

Mais il était dans le baiUiage de Gex quelque chose de pire

* Lettre cclxxxvih"'.

- Lettre cccu^

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