‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 47 sur 231 · LIV. VI — SES RÉCLAMATIONS CONTRE L'AUTORITÉ LAKJUE · texte numérisé non relu

LIV. VI — SES RÉCLAMATIONS CONTRE L'AUTORITÉ LAKJUE

que la pauvreté, qui aftligeait le cœur du saint évêque : c'était la privation de cette liberté religieuse que les ducs de Savoie laissaient au pays lorsqu'ils en étaient maîtres, et à laquelle la France avait substitué une servitude humiliante sous la main du magistrat séculier. « Quelle abjection, écrivait le saint évè- « que S que nous ne puissions l'aire usage de la puissance spiri- « luelle que Dieu nous a confiée qu'autant que l'approuve le « magistrat temporel; que, simples exécuteurs de ses volontés, « il nous faille frapper quand il l'ordonne, cesser quand il le « commande, et que nous soyons ainsi privés de la clef princi- « pale que Notre-Seigneur nous a donnée ! » Ah ! vraiment , notre Église a bien droit de s'écrier comme Jérusalem : Vide, Domine, et considéra quoniam facta sum vilis. Maniim suam misit hostis ad omnia desiderabilia ejus, quia viôit gentes hiyressas sanctuarium tuum, de quibiis prœcei)eras ne intrarent in ecclesiam tuam-. « Voyez, Seigneur, et considérez combien «je suis humiliée. L'ennemi amis la main sur mes biens les « plus précieux, et l'on a vu les profanes pénétrer dans votre « sanctuaire, malgré la défense que vous leur aviez faite de s'in- « gérer dans l'administration des choses saintes. »

François crut entrevoir une occasion de remédier à de si grands maux dans la tenue prochaine des états généraux du royaume, à laquelle avait consenti Marie de Médicis, par le traité conclu à Sainte-Ménehould , avec le prince de Condé et les princes et seigneurs de son parti. Puis cet espoir parut lui échapper par l'opposition de la reine, qui craignait que cette assemblée ne l'inquiétât sur les actes de sa régence, ne demandât l'éloignement de ses ministres, et n'empêchât le roi, qui allait atteindre sa majorité, de lui laisser la même autorité quelle avait eue depuis la mort d'Henri IV. Enfin, Louis XIII ayant été déclaré majeur le second jour d'octobre, ordonna définitivement la tenue des états pour le 10 octobre suivant ; et.

' Lettre cc.cv^ ^ Thren., 1, tO.

en conséquence, les états particuliers du duché de Bourgogne s'assemblèrent pour dresser leurs cahiers de remontrances et nommer leurs députés.

M. de Belley fut nommé; et l'évèque de Genève s'empressa aussitôt de lui recommander les intérêts de la partie de son diocèse qui relevait du royaOme de France. « Je m'assure, lui « écrivit-iP, que vous ferez tout ce qui se pourra pour la con- « servation des droits de Dieu et de son Eghse ; et tandis que « notre Josué sera là, nous tiendrons les mains élevées pour « lui obtenir une spéciale assistance du Saint-Esprit. Nous in- « voquerons les anges protecteurs et les saints évoques qui a nous ont précédés ; nous les prierons d'être auprès de vous « et d'animer vos remontrances. »

François, en effet, pria avec ferveur, parut plus pieux que jamais ; et le ciel sembla en rendre témoignage à son peuple. Le jour de la nativité de la sainte Vierge, lorsque, officiant dans l'église collégiale d'Annecy, U était assis sur son trône, une colombe tout éclatante de blancheur, entrant du dehors par l'ouverture d'une fenêtre, vint se poser sur son épaule, de là sur sa poitrine, sans que personne osât la toucher ni la chasser, parce que tous croyaient y voir le Saint-Esprit qui, sous la forme visible qu'il semble avoir adoptée pour symbole, se reposait sur l'homme de Dieu et lui communiquait sa douceur*. A l'office du soir, où il prêcha sur les grandeurs de Marie, il rappela l'aventure de la colombe; mais ce fut pour l'appliquer à la sainte Vierge, à qui Dieu dit dans les saintes Écritures, selon l'interprétation de l'Eglise : « Vous êtes toute belle, ô ma bience aimée ! ô ma colombe! il n'y a en tous aucune tache. » Et il parla avec tant de ferveur qu'il fit passer dans l'âme des assistants les sentiments pieux qui l'animaient, et l'auditoire fut attendri jusqu'aux larmes. *

' Lettre cccv'^.

^ Dép. du chan. Gard, de Rendu, de Favre et plusieurs autres.

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