TRAITS REMARQUABLES DE CHARITÉ ET DE FERMETÉ
(De lei4 à 161S.)
Les sollicitudes que donnait l'état du pays de Gex à François de Sales furent un peu adoucies par la consolation qd'il eut d'établir les Barnabites à Annecy : dès le lendemain de la Pentecôte, au retour de son voyage de Milan, il avait proposé aux syndics et aux conseillers de la ville de confier à ces saints religieux la direction du collège, affirmant que leur mérite au-dessus de tout éloge assurerait à l'établissement un brillant avenir, que leur zèle égal à leur mérite rendrait à la ville et à tous ses alentours d'immenses services par l'instruction et la confession des peuples, par la visite et le soulagement des malades, enfin par le dévouement de leur ministère à tous les genres de bonnes œuvres. Les syndics et les conseillers s'en étaient référés pleinement à son avis; le saint évêque en avait aussitôt informé les Barnabites, et ceux-ci avaient envoyé trois des leurs pour prendre possession du collège au nom de leur société : c'étaient dom Juste Guérin, qui fut dans la suite évoque de Genève; le père Simplicien, d'une des plus illustres familles de Milan, aussi distingué par son savoir que par ses vertus, et dom Maurice, qui n'avait pour Annecy qu'une mission passagère, et partit peu à près pour If. 9
Paris. Le général des Barnabites, en les envoyant, n'avait point désigné quel serait le supérieur ; et de là résulta un combat de modestie entre les deux premiers religieux, qui se déféraient la supériorité l'un à l'autre. Dom Juste Guérin fut vainqueur; il obtint d'être économe, et son confrère fut nommé supérieur. Celte édifiante contestation terminée , l'évoque alla lui-même les installer au collège, fit ressortir, dans un discours adapté à la circonstance, l'excellence de l'institut des Barnabites, honoré du suffrage de cinq souverains pontifes, et distingué par tant d'hommes de mérite sortis de son sein. Ce premier discours ne fut que le commencement des témoignages d'intérêt dont il entoura ces religieux : il se plaisait dans leur compagnie, et se disait lui-môme Barnabite ; il les invitait souvent à sa table, et allait manger chez eux à certains jours; souvent aussi il allait officier, prêcher, catéchiser dans leur église. Une fois même , après y avoir exposé à ses auditeurs que saint Paul avait si parfaitement correspondu à la grâce par la sainteté de sa vie, qu'il avait pu dire en vérité : Je vis, non pas moi, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi, il fut tout à coup comme embrasé des flammes de l'amour divin, et demeura quelque temps en extase*.
Le père Simplicien, pour répondre à la confiance dont l'honorait François, fit venir au collège des maîtres habiles*, et sous leur direction cet établissement recouvra son antique splendeur. Les écoliers y affluèrent en grand nombre ; le supérieur fit au clergé des leçons de cas de conscience, que l'évêque lui-même venait entendre lorsqu'il le pouvait * ; et ses confrères faisaient chaque dimanche le catéchisme aux fidèles, dans
* Charl.-Aug., p. 440 et 441. - De Cambis, t. II. p. 401.
- Un des plus célèbres de ces habiles maîtres fut le P. Baranzano, ami du chancelier Bacon, mort à Montargis en 1022, à Tàge de 33 ans. Il a laissé plusieurs ouvrages : i° Niimma philosophise ; 2° Vranoscopia, setc nniversu Doctrina de cœlo; 5° novx Opiniones physicx ; 4° Campm philosophiciis; 5° De la Hunière de se confesser et de méditer la passion de Notre-Seigneur.
^ De'p. de Moccaml.