‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 6 sur 231 · LIV. V. — DIRECTION DE MADAME DE CHANTAL · texte numérisé non relu

LIV. V. — DIRECTION DE MADAME DE CHANTAL

« feuille ne soit agitée par le vent de quelque tentation. Je vous « souhaite un courage fort et non chatouilleux qui ne se soucie « ni (lu doux ni de l'amer, ni de la lumière ni des ténèbres, « mais qui aime Dieu d'un amour impliable, qui sache donner « comme Marthe une part de son temps aux œuvres extérieures « de charité, et comme Marie une part meilleure encore à la « contemplation, à cet honneur si grand pour un cœur de « s'entretenir seul à seul avec son Dieu \ Au service de Dieu il « faut l'aisance des enfants qui servent un père, et non la gène « inquiète des esclaves qui servent un tyran. »

A ces conseils contre les tentations, le sage directeur ajoute des avis particuliers sur diverses pratiques : il recommande à sa pénitente, comme chose bonne pour les commençants, de se servir de l'imagination dans l'oraison afin de se représenter Jésus-Christ, et de l'entendement afin d'exciter la volonté par des considérations; mais, la volonté une fois excitée, il ne faut plus s'appliquer qu'aux affections pour passer de là aux résolutions et des résolutions à la pratique*. 11 lui recommande la communion fréquente comme moyen de faire vivre Jésus- Christ en nous, de telle sorte que ce divin hôte de notre âme aime par notre cœur, qu'il parle par notre bouche, que son esprit fasse et dirige tout en nous et que tout notre intérieur approuve, loue, et bénisse sa volonté souverame toute samte, toute équitable et toute belle'. Il lui recommande également de ménager sa santé et de ne point l'affaiblir par de longues veilles ; « car, après avoir veillé la nuit, on ne vaut rien tout le long du « jour, » de mettre dans ses vêtements une simplicité toujours plus grande, de faire l'école aux petits enfants pour instillei' en leurs tendres âmes la crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse, et l'amour qui en est la perfection ; de demeurer calme et courageuse parmi les peines intérieures où « s'exer-

* Lettres cxxvii*, cxxviii^, cxuu* ^ Lettres xcv^, a*, cii«.

* Lettre cxxxix*.

Ifi VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.

« cent, dit-il, mille petites belles vertus, où s'affermissenl dans « l'âme l'humilité et la charité, ces vertus mères que suivent « toutes les autres vertus comme les petits poussins suivent « leur mère ^ »

L'intelligent directeur revient à plusieurs reprises sur deux points principaux : sur l'humilité, qui consiste non-seulement eu à ne point s'estimer soi-même, mais encore à accepter volontiers les mépris d'autrui, et sur l'esprit de confiance et de paix qui fait courir avec dilatation de cœur dans les voies de la perfection. « Aimez, lui écrit-iP, la croix et ses ignominies; aimez « à vous voir pauvre et chétive en vue des abaissements de « Notre-Seigneur. Soyez-bien aise de n'être rien, puisque votre « abaissement sert d'objet à la bonté de Dieu pour exercer sa « miséricorde. Si Dieu voit que votre cœur se tient joyeusement « dans de bas sentiments de vous-même, il vous fera de gran- « des grâces. Tenez-vous donc joyeusement humble devant « Dieu comme devant le monde : Si on vous estime, moquez- « vous-en joyeusement; si au contraire on ne tient pas compte « de vous, consolez-vous-en joyeusement et soyez aise de ce « qu'au moins en cela le monde pense vrai...

« Je vous en supplie pour l'amour de Dieu, lui écrit-il en- « core, ne craignez point Dieu : car il ne vous veut faire aucun « mal ; aimez-le fort ; car il vous veut faire beaucoup de bien. . . « Ne vous efforcez point de vaincre vos tentations : car ces ef- « forts les fortifieraient ; méprisez-les sans raisonner avec elles. « Représentez-vous Jésus crucifié entre vos bras ; et, baisant son « côté ouvert par l'amour, dites cent fois : C'est ici mon espé- « rance, c'est la vive source de mon bonheur : jamais rien ne me « séparera de son amour : je le tiens et ne le lâcherai point. Qu'y « a-t-il sur la terre, ou que prétends-je au ciel, sinon vous, ô mon « Jésus? Vous êtes le Dieu de mon cœur et mon trésor à jamais. »

Madame de Chantai n'avait eu encore jusque-là aucun rap-

' Lettres xciv*, cvii", cviii'^, cix*^, cxv^'. - Lettres lxxxiv"' et lxxxvui^.

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