UV. VI. — VISITE A L- ARCHEVEQUE DE LYON
Majesté. 11 renonça donc au voyage proposé, et il en fit un autre qui revenait mieux à son cœur.
M. de Marquemont, dès son avènement au siège de Lyon, l'avait invité, par lettre ', à lier avec lui une sainte amitié sur le modèle des anciens évêques, qui, par des rapports fréquents et intimes, par une communication réciproque de pensées et de vues avec leurs voisins , s'cntr'aidaient à supporter la charge pastorale et à en remplir parfaitement tous les devoirs. 11 lui avait même annoncé sa visite prochaine comme à son ancien dans l'èpiscopat; mais François estima que le dernier des évêques de Savoie (c'était ainsi qu'il s'appelait) ne devait pas se laisser prévenir par le premier des évêques de France ; et en conséquence il se mit en route pour Lyon. L'archevêque n'eut pas plutôt appris l'approche du saint prélat , qu'il s'empressa d'aller au-devant de lui avec sa voiture assez loin hors des nmrs. accompagné des principaux de la ville ; et il le reçut avec tous les témoignages de la vénération , l'appelant publiquement Vhonneur et la couronne des évêques. Toute la ville s'associa à cette démonstration ; et François, pendant son séjour en cette grande cité, prouva combien il en était digne. Il prêcha le jour de Saint -Pierre dans la cathédrale ; les jour< suivants, il conféra longuement avec l'archevêque de l'établissement d'une maison de la Visitation, que ce grand prélat désirait fonder dans sa ville; il accueillit les personnes pieuses qui désiraient l'entretenir ; et au bout de huit jours, voyant qu'il ne lui restait plus rien à faire pour la gloire de Dieu, il reprit la route d'Annecy, emportant l'estime de tous et la tendre amitié de l'archevêque , avec la consolation d'avoir tout disposé pour la fondation d'une colonie de son institut; ce qu'il exécuta en effet sept mois plus tard, quand tous les préparatifs furent entièrement terminés, comme nous l'avons dit ailleurs.
Peu après son retour de Lyon, le 1'' décembre, François se remit en voyage ; il partit pour Sion, capitale du Valais, afin d'y
• Lettre ccclsii*.
assister à la consécration du nouvel évêque que le saint-siége venait d'y nommer. Il avait été en rapport d'amitié et en commerce de lettres avec le prédécesseur, Adrien de Ricdmartin, prélat très-zélé qui avait introduit les Capucins à Saint-Maurice, les Jésuites dans le Haut-Valais, et défendu d'envoyer les enfants aux écoles protestantes. Dès qu'il avait appris la nomination d'Hildebrand Josse à ce siège, il s'était empressé de lui adresser une de ces lettres qui, partant du cœur de celui qui les écrit, vont droit au cœur de celui qui les reçoit : « Nous « n'avons pas plutôt appris, lui disait-il, votre promotion et « vos qualités éminentes, que la tristesse que nous ressentions « de la mort de votre prédécesseur s'est changée en joie et nos « chants de douleur en chants d'allégresse : nous avons rendu « à Dieu nos actions de grâces de ce qu'il n'avait pas permis « que sa lampe fût éteinte en Jérusalem et avait remplacé le « père par le fils pour l'établir sur la ville de Sion. J'augure de « vos bonnes lettres et du désir extrême que j'ai d'y corres- « pondre, que mon amitié avec l'évèque de Sion, qui semblait « avoir cessé pour toujours, va revivre plus forte que jamais. « Pour moi, j'ai l'honneur de vous assurer que je suis prêt à M vous rendre non-seulement tous les services fraternels qui « dépendent de notre commun ministère, mais encore tous « ceux que vous pourriez attendre d'un très-fidèle et très- « humble serviteur, étant, plus qu'aucun homme du monde, « dévoué à votre personne et à vos intérêts. Ce sera toujours « pour moi une chose très-agréable de me trouver dans le cas « de rendre quelque service à Votre Seigneurie illustrissime et « révérendissime ; et en cela je ne ferai que suivre l'intention « de Notre-Seigneur, lequel n'a permis que nous fussions si « voisins qu'afin que nous supportassions mutuellement les « fardeaux l'un de l'autre; je remplirai un devoir de reconnais- « sance, eu égard à la bienveillance que vous m'avez témoignée, « et je satisferai un besoin de mon cœur, ne pouvant me dis- « penser d'obliger en toutes manières un prélat qui a toujours « eu une souveraine affection, un attachement constant et in-