‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 51 sur 231 · LIV. VI. — IL VA AU SACRE DE L'ÉVÈQUE DE SIOX · texte numérisé non relu

LIV. VI. — IL VA AU SACRE DE L'ÉVÈQUE DE SIOX

fi violable pour l'Église catholique. Si donc Voire Seigneurie « a besoin de moi, ou pour sa consécration, ou pour quelque « autre chose que ce soit, elle en peut disposer absolument. « En attendant, je ne cesserai de conjurer notre divin Maître « et Sauveur qu'il vous envoie de son sanctuaire un puissant « secours, pour conduire sûrement au port si désiré de la bien- « heureuse éternité votre vaisseau qu'agitent les plus horribles « tempêtes ^ »

L'évêque de Sion, heureux d'avoir à son sacre, pour évêque assistant, un prélat aussi vénéré, ne manqua pas de l'inviter; et François, prompt à obéir à l'invitation, se mit en route pour la capitale du Valais, éloignée d'Annecy d'environ quatre-vingts kilomètres. Les chanoines et les principaux habitants de Sion, informés de sa venue, accoururent à sa rencontre jusqu'à Morges, petite ville du canton de Vaud, le complimentèrent par l'organe du doyen du Chapitre, auquel il répondit avec autant de modestie que d'éloquence et lui firent cortège jusqu'à Sion. Là, on lui fît la réception la plus honorable ; et le jour du sacre il monta en chaire, revêtu de la chape et de la mitre, prononça sur la dignité épiscopale un discours tout à la fois noble et simple, énergique pour le fond et pour la forme, qui inspira aux nombreux hérétiques que la curiosité avait amenés le mépris du langage affecté de leurs ministres. Ce premier discours en fît désirer d'autres; et le saint cvèque, se prêtant volontiers aux vœux de ses auditeurs, fît une suite d'entretiens sur les caractères auxquels se reconnaît la véritable Eglise, surtout sur la nécessité de la succession non interrompue des pasteurs et d'une autorité qui enseigne le savant comme l'ignorant. « A ces caractères, dit-il, l'esprit le plus grossier peut discerner « la vraie Eglise sans aucune discussion doctrinale ni théolo- « gique. L'Eglise romaine est la seule des sociétés chrétiennes « qui ait une méthode courte et facile pour instruire les peuples « des vérités évangéliques, la méthode de la discussion et du

' Lettres ccxcxu et ccxcxui.

« raisonnement ne pouvant convenir au peuple ni à presque « personne, puisqu'elle jette le plus souvent les savants et les « beaux esprits dans des travers et des excès dignes de pitié. « L'Eglise, dont la doctrine est faite pour toutes sortes d'esprits « et est un objet de foi et de soumission plutôt que de science « et de disputes, n'a d'autre méthode que celle de l'autorité « enseignant à tous ce qu'il faut croire; et rien n'est plus selon « la raison que de croire à Dieu, de croire à l'Eglise, de croire « à l'autorité la plus grande, la plus respectable comme la plus « respectée de tout temps par les plus grands génies et les plus « savants hommes. » Ces principes éclatants de vérité, embelhs encore parla douceur et la vertu de l'orateur, confirmèrent les catholiques dans la foi et ébranlèrent plusieurs hérétiques; d'autant plus que c'étaient là pour eux des vérités tout à fait neuves, les lois civiles ne permettant pas de traiter en chaire aucun sujet de controverse. Aussi, lorsqu'il sortait en ville, tous se mettaient aux portes pour le voir ; tous le proclamaient un saint, et les mères s'empressaient de lui faire bénir leurs petits enfants ^ Ces instructions terminées, le saint évoque partit de Sion et s'en revint à Annecy.

Peu de jours après son retour, il se promenait seul dans sa galerie, lorsqu'un pauvre, presque nu, pénètre près de lui et lui demande quelque vieil habit pour le garantir du froid, qui était extrême. Emu à ce spectacle, il fit ce qu'il avait déjà fiiit en 1609; il passa dans une chambre voisine, quitta ses habits de dessous et les lui donna. Son domestique, s'en étant aperçu, ne put contenir son mécontentement : « 31on ami, lui dit le saint « évèque, ne vous fâchez pas ; cet habit était plus au pauvre « qu'à moi, puisqu'il en avait un plus grand besoin*. » Un autre jour, un pauvre s'étant présenté dans un état semblable de nudité, il commanda à ce même domestique de lui donner

* Dép. du sieur de Charmoisy et de François Favre, qui raccompagnaient.

' Dép. de Bo7iien.

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