LIV. VI. - IL PREKD LA DÉFENSE DES BARNABITES
de Turin ; et le duc, non content de les approuver, chargea son ambassadeur à Rome de les faire ratifier par une bulle du souverain pontife. Celte bulle ne se fit pas longtemps attendre: et, dès le mois de septembre, l'évêque alla à Thonon établii dom Guérin en possession du nouveau collège et de l'église Saint-Augustin. Là, le mérite des nouveaux venus parut bientôt avec éclat ; et il en rejaillit un grand lustre pour la ville, un grand profit pour tout leChablais, et de précieux avantages pour les religieux eux-mêmes, qui recrutèrent d'excellents sujets dans cette maison, d'oîi ils se répandirent plus tard par toute la France. Ces succès éveillèrent la jalousie de certains per- ^sonnages, et la jalousie suscita la calomnie; mais ces discours mensongers, loin d'obscurcir la vertu des Barnabites, ne firent que la rendre plus éclatante. Le Pape, au tribunal duquel les dénonciateurs avaient porté leurs griefs, renvoya l'affaire au nonce de Turin; celui-ci à dom Guérin lui-même, dont il connaissait la candeur et la probité ; et les éclaircissements de ce digne supérieur ayant mis la vérité dans tout son jour, le Pape, pour les mettre à couvert des traits de l'envie, les prit sous sa protection, en même temps que François, sûr de leur innocence, les recommandait au haut patronage du duc de Savoie et du cardinal de ce nom \ et confiait à leur zèle apostolique les populations diverses du Chablais.
Le saint évêque, pendant son séjour à Thonon, apprit que quelques difficultés allaient surgir dans le concours qui se préparait à Annecy pour la collation des cures : il en écrivit à son frère, Jean-François, chanoine de la cathédrale : « Cette « affaire dit-il *, donnera lieu à la clabauderie, en laquelle il « faut demeurer grave et tranquille, ne répliquant rien, sinon « qu'on a suivi la pluralité des voix... Il est expédient qu'on « assure bien la pension du pénitencier, de manière qu'il n'ait « rien à démêler avec le curé : car l'esprit humam est si fà-
''■ Lettres ccclv* et ccclvi'.
* Lettre trouvée au noviciat des jésuites Je Toulouse, par M. de Cambis. u. 10
« cheux, en tout ce qui touche l'intérêt, que malaisément « pourra-t-on autrement procurer au pénitencier ce petit en- « tretien. » Comme la peste était alors Genève, oîi elle faisait de grands ravages, et que deux personnes en étaient mortes dans les environs de Thonon, l'évêque rassure ensuite son frère à ce sujet : « Ne soyez nullement en peine pour moi, lui dit-il : « il n'y a aucun danger dans tout le Chablais, et, quand même « le mal prendrait accroissement, je suis sage et me garderai « du péril, Dieu aidant. Toutefois, à mon retour, je m'arrêterai « quelques jours dans une maison séparée hors la ville, si l'au- « torité civile le désire, pour ne donner sujet d'appréhension « à personne et témoigner le respect qu'on doit à la santé du « pays. »
Peu de jours après cette lettre, François, ayant appris la mort de son grand-vicaire, qu'un état maladif lui faisait prévoir depuis longtemps, écrivit une seconde fois à son frère afin de lui annoncer le choix qu'il avait fait de lui pour cette dignité. «Après plusieurs considérations, lui dit-il \ j'ai résolu de « vous appeler à cette charge : un seul motif vous suffira pour « l'accepter et à tout le monde pour l'approuver ; c'est que de « cette charge dépend en grande partie, non-seulement le bien « du diocèse, mais mon honneur, et que votre parenté vous « pressera plus que tout autre d'en avoir soin et jalousie. (( L'essentiel dans cet emploi, c'est la vigilance à ce que les « autres fassent bien leur devoir. Faites pour moi jusqu'à mon « retour comme si vous étiez déjà établi. »
Ce retour ne tarda pas : François rentra à Annecy le 20 septembre pour y conférer avec madame de Chantai sur les règles de la Visitation, et préparer une réception brillante au cardinal de Marquemont, qui devait, au retour des états généraux, lui rendre la visite qu'il en avait reçue. Le cardinal n'arriva que le 30 octobre et fut accueilli avec tous les honneurs dus à son mérite autant qu'à sa dignité. L'évêque le fit officier pontifica-
* Lettre cccxxxvii".