LIV. VL — IL REÇOIT LA VISITE DE L'ARCHEVÊQUE DE LYON
lement et prêcher à la cathédrale le jour de la Toussaint. Les jours suivants, il lui fit visiter le collège des Barnabites et prendre part à tous les actes publics de l'administration épiscopale qu'il désirait voir pour s'édifier et s'instruire. Une cure se trouvait alors vacante et un concours était ouvert pour la donner au plus digne. Un gentilhomme ecclésiastique, fier do sa noblesse, se présente et offre en guise de mérite des lettres du duc de Savoie et d'autres princes qui le recommandaient. Appuyé de ces hautes protections, il méprisait tous ses concurrents et s'indignait au moindre doute qu'on pût lui en préférer un autre. L'évêque, qui n'était pas homme à faire plier le devoir devant la faveur, l'interroge sur le premier évangile où le hasard le fait tomber à l'ouverture du missel : c'était l'évangile des enfants de Zébédée, dont Jésus-Christ corrige l'ambition par cette sévère parole : Vous ne savez pas ce que vous demandez : Nescitis quid petatis.
François propose au gentilhomme de traduire ; l'ignare concurrent n'y comprend pas un mot, et néanmoins, sans être déconcerté par les éclats de rire de toute l'assemblée, il réclame d'un ton hautain le bénéfice comme chose qui lui est due. « Monsieur, dit alors François avec une modération pleine de « douceur, permettez-moi de vous expliquer les paroles que « vous n'entendez point : Nescit'is quid petatis, vous ne savez « pas ce que vous demandez. Impossible à vous, avec le peu de « science dont nous venons d'acquérir la preuve, de vous acte quitter de la charge des âmes; impossible donc à moi de « vous la confier : je ne suis pas le maître des bénéfices, je « n'en suis que le dispensateur, obligé de les donner au plus « digne ^ » Conformément à ce principe, le saint évoque, séance tenante, déclara pourvu du bénéfice l'ecclésiastique qui dans le concours avait fait preuve de plus de talent.
Piqué de cette humiliation, le gentilhomme se laisse emporter par la colère et menace d'aller trouver le duc de Savoie, pour
» Charl.-Aug., p. 464.
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lui faire connaître le peu de cas qu'on a fait de sa recommandation. « En voilà assez, monsieur, reprit François; c'est la (( passion qui parle en ce moment : une autre fois, ce sera la « raison. » François, en effet, estimait trop le prince pour penser qu'il voulût la promotion d'un sujet aussi notoirement incapable. IXéanmoins le gentilhomme ne s'en tint pas là : le dimanche suivant, en plein office, il eut l'impudence d'aller présenter à l'évêque, assis dans sa chaire pontificale, un libelle diffamatoire rempli des injures les plus grossières. Le saint prélat, loin de s'en émouvoir, ne songeait pas même à demander justice de l'insulte, lorsque le Chapitre, ayant pris l'affaire en main, voulut procéder rigoureusement contre le coupable et le faire châtier d'une manière exemplaire. Déjà la sentence était écrite et sur le point d'être prononcée : l'évêque l'apprend, accourt, demande grâce et l'obtient. 11 fait mieux encore, il entreprend de se venger à la manière des saints : il sollicite et obtient pour l'insolent gentilhomme, à la cour du duc de Savoie, une place très-honorable, en rapport avec sa condition et sa naissance; de sorte qu'il passa en proverbe dans toute la Savoie qu'il suffisait d'offenser l'évêque de Genève pour en recevoir des bienfaits*.
Témoin de tant de vertus, le cardinal de Marquemont ne put contenir son admiration ; il publiait partout que l'évêque de Genève était un saint, il l'appelait du nom de père, il aimait à se regarder, tout primat des Gaules qu'il était, comme son enfant spirituel, son humble disciple; et ce sentiment était si profond dans son âme, qu'un jour, lisant la signature de l'homme de Dieu au bas d'une lettre testimoniale d'un rehgieux d'Annecy, il la baisa plusieurs fois avec respect, en s'écriant : « 0 le grand « serviteur de Dieu! ô l'homme saint et parfait! prélat envoyé « du ciel et que j'ai vu faire des actes héroïques de charité et « de justice! Ah! plût à Dieu que tous les évêques de France
* Dép. de Favre, qui était présent, — Année de la Visitation, 51 octobre.