‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 66 sur 231 · LIV. VI. — TRAITÉ DE L'AMOLR DE DIEU. IG · texte numérisé non relu

LIV. VI. — TRAITÉ DE L'AMOLR DE DIEU. IG

par son humeur aimable qui brille partout ; il sème l'agrément dans tout ce qu'il dit, par son imagination fleurie, qui personnifie jusqu'aux objets les plus spirituels, par ses comparaisons et ses traits d'histoire empruntés le plus souvent à la Bible et appliqués avec autant de justesse que de grâce, mais surtout par le sentiment de la plus tendre piété, qui anime, vivifie tout, et fait de ce livre plutôt une production de son cœur qu'un travail de son esprit. Chose remarquable : cette composition, toute figurée et fleurie qu'elle est, est pourtant très-simple ; la fécondité du génie et de l'imagination de l'auteur ne l'écarté jamais du naturel; les ornements viennent sous sa plume sans être appelés; c'est l'éloquence naïve, l'aimable simplicité d'un cœur qui ne dit que ce qu'il sent, qui se peint sans le vouloir, qui trouve dans les sujets les plus usés des beautés inconnues, mais si naturelles qu'on est surpris de ne pas les avoir aperçues le premier. Tel est le Traité de l' amour de Dieu. L'auteur, en le composant, avait développé beaucoup plus longuement son sujet; mais, en le Uvrant à l'impression, il en retrancha plusde la moitié*; bel exemple donné aux auteurs qui. idolâtres de leurs écrits, ne savent pas se borner à ce qu'il faut et faire le sacrifice du reste.

Cependant tout ce que publiait la renommée sur l'évêque de Genève fit concevoir au parlement du Dauphiné le désir d'entendre son éloquente parole ; et on l'invita à venir prêcher à Grenoble l'Avent de 1(316 et le Carême de 1617. Après avoir pris l'agrément du duc de Savoie, il accéda à l'invitation; et au jour convenu il se rendit à Grenoble, accompagné de deux conseillers que le parlement lui avait députés pour lui faire honneur. Pendant toute cette station, il vécut en apôtre, se gagna tous les cœurs par sa douceur, sa politesse et ses exemples ; et afin de mettre à profit le respect et la confiance qu'on lui témoignait, il ne ménagea ni son repos, ni ses forces, se dévoua tout entier à régénérer cette viUe, prêchant tous les jours, entendant

' Esprit de saint François de S<iles, p. III«, sert. xv.

en confession ou écoutant dans des conférences particulières tous ceux qui voulaient avoir recours à lui, visitant et animant à la ferveur toutes les communautés religieuses. Comme le temps de l'Avent est destiné à honorer le mystère du Verbe incarné dans le sein de Marie, il prit pour matière de ses prédications les paroles de l'ange qui était venu annoncer à Marie ce grand mystère, et VAve Maria suffit à toute la station. Chaque jour il en commentait quelques paroles avec un cœur embrasé du désir de faire connaître et aimer Jésus et Marie, et l'on ne peut dire les succès heureux qu'obtinrent ces instructions ^

Le maréchal de Lesdiguières, qui commandait alors en chef dans le Dauphiné, ne put résister, quoique calviniste, à la curiosité d'aller entendre un prédicateur dont tout le monde parlait avec tant d'enthousiasme. Après l'avoir entendu, il voulut l'entendre encore, et fut des plus assidus à ses sermons. Ebranlé par la grâce, il désira avoir avec le saint apôtre une conférence particulière : la mission de François, en cette circonstance, était délicate; car il s'agissait bien plus d'amener le maréchal à la vertu par la rupture d'une haison coupable avec une femme enlevée à son mari, que de le gagner à la vérité par la force du raisonnement; mais le saint apUre y mit tant de tact et de prudence, de ménagements et de hardiesse, qu'il dit sans blessar tout ce qu'il fallait dire; et, lorsqu'en se retirant, après quatre heures de conférence, il demanda pardon des paroles capables de déplaire qui auraient pu lui échapper contre son intention : « Non, « monseigneur, répondit le maréchal, vous n'avez rien dit qui « ne soit bien ; j'y réfléchirai et pèserai le tout avec la maturité « que demande une affaire si grave. » Le maréchal depuis ce temps-là demeura lié avec François, l'invita souvent à sa table, alla souvent le visiter, et n'en parla, en toute circonstance, qu'avec les plus grands éloges, proclamant qu'il méritait d'être aimé, estimé et admiré de tout le monde *.

' Dép. de Bmjtay.

- Gliarl.-Aiig., p. 49 i.

Page 1