LIV. VI. — AVKNT DE GRENOBLE
Celte conduite du maréchal alarma les ministres, d'autant plus que beaucoup de gens de leur parti allaient entendre les sermons du saint évèque et en sortaient pleins de vénération pour le prédicateur et sa doctrine. Ils résolurent donc d'aller lui faire des remontrances sur une manière d'agir si nuisible à leur parti. Le marécbal, informé de ce dessein, leur fit dire que, s'ils venaient le visiter comme amis ou pour l'entretenir de quelque affaire, il les recevrait volontiers; mais que, s'ils se permettaient de lui faire des remontrances, ils pouvaient se tenir assurés qu'étant entrés par la porte ils sortiraient par la fenêtre. Ne pouvant donc parler eux-mêmes, ils firent parler i'.n leur place un des principaux seigneurs de la province :. « Dites à ces messieurs, répondit le maréchal, que j'ai assez « d'âge pour savoir ce que j'ai à faire. Ils sont trop petits com- « pagnons et trop jeunes pour apprendre à un homme de mon « âge et de ma qualité comment il faut vivre. Je sais comment « on doit traiter les évêques : c'est bien autre chose que nos tf ministres, qui ont tout au plus le rang de curés, puisqu'ils « ont rejeté la dignité épiscopale, quoique si bien fondée dans « l'Ecriture; et je crois qu'ils ne sont pas à s'en repentir. « Quand je verrai les princes souverains, les fils et frères de « rois se faire ministres, comme j'en vois qui se tiennent ho- « norés d'être évêques, archevêques et cardinaux, je verrai « quel honneur je dois rendre aux ministres*. » Malheureusement le maréchal partit le 19 décembre pour aller au secours du duc de Savoie attaqué par les Espagnols, ne revint qu'à la fin d'avril, et encore ce ne fut que pour se remettre en campagne peu après et n'en revenir qu'au mois de septembre 1617, de sorte qu'il interrompit ses rapports avec le -saint évèque, qui l'eût fait rentrer prochainement au bercail de la vraie Eglise.
La station de l'Avent finie, François revint aussitôt à Années ; et, entre les œuvres remarquables qu'il fit alors, l'his-
' Année de la Visitation, i décembre.
toire en signale trois principales : la première fut la guérison subite du prieur de Talloires, le père Claude de Coëx. Ce bon religieux, atteint d'une fièvre maligne et pestilentielle, était en danger de mort : François vient le voir, fait une prière sur lui, et le moribond est aussitôt rendu à la santé. Dans une de ses visites aux malades, le saint évêque en trouva un sans connaissance et déjà à l'agonie; toute la famille était en larmes : touché de cette désolation profonde, il fait sur le malade un signe de croix, le bénit, annonce son rétablissement prochain; et s'en va aux vêpres de la cathédrale. A peine les vêpres étaientelles finies, que le malade en effet éprouva un mieux notable, qui fut bientôt suivi d'une santé parfaite \ Quelques jours après, le saint prélat, prêchant dans l'église Saint-Dominique, aperçoit parmi ses auditeurs un gentilhomme calviniste des plus obstinés; il quitte aussitôt le sujet qu'il avait commencé, et passe à une démonstration de la vérité de la religion catholique. Le gentilhomme écoute avec avidité, se sent convaincu, persuadé; et, renonçant aussitôt à ses erreurs, il prend la résolution de rentrer dans le sein de l'Eglise ; ce qu'il fit en effet peu après - .
De cette victoire de la foi, le saint prédicateur s'en alla à d'autres conquêtes, et retourna à Grenoble pour la station du Carême qu'il avait promise. La connaissance plus parfaite qu'il avait acquise de son auditoire dans l'Avent précédent, lui lit penser qu'il serait utile de traiter la controverse ; et, dès le mercredi des Cendres, il annonça son dessein à ses auditeurs : « Me voilà, leur dit-il, dans la chaire de la vérité, je n'y suis « que pour la dire entièrement, et je la dirai sans crainte ; « rien au monde ne m'en empêchera : que plutôt ma langue « s'attache à mon palais, qu'elle se sèche et demeure immobile « dans ma bouche. » Ces paroles animées du feu de l'Esprit- Saint, qui était en lui. disposèrent les calvinistes comme les
1 De Cambis, t. Il, [^. 558.
« Ibid., p. 559.