‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 68 sur 231 · LIV. VI. — CARÊME DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — CARÊME DE GRENOBLE

catholiques à assister exactement à ses sermons ; et il en résulta plusieurs conversions remarquables ^ Une des premières fut celle d'un apostat, nommé Claude Boucard. Ce malheureux, autrefois professeur de philosophie et de théologie, religieu.ïet prêtre , était passé au calvinisme contre sa conscience , sans autre motif que celui de satisfaire ses passions par le mariage. Touché ensuite par la grâce, et repentant de sa faute, il avait, comme nous l'avons dit plus haut, abjuré l'erreur neuf ans auparavant entre les mains du saint prélat ; puis, cédant au sentiment charnel qui le rappelait vers la femme avec qui il avait vécu, il était retourné à ses anciens égarements. Enfln, ne pouvant plus tenir aux remords qui le bourrelaient, il vint à Grenoble, où il savait que prêchait l'évèque de Genève; et, après l'avoir entendu en versant beaucoup de larmes, il alla se jeter une seconde fois à ses pieds et solliciter sa rentrée au bercail. François se laissa toucher, reçut sa seconde abjuration, |ui assura une pension annuelle de trois cent cinquante florins*, et eut du moins cette fois la consolation de le voir persévérer dans le bon chemin, jusque-là que, trois ans après, le nouveau converti dédia à son bienfaiteur un excellent ouvrage qu'il fit paraître, et où il déclare que sa félicité en terre serait de jouir toujours de la présence d'un si saint prélat pour se former sur l'exemple de ses vertus '.

La conversion du ministre Barbier, un des plus savants de la secte, n'eut pas moins de retentissement que celle de Claude Boucard*. Frappé de la solidité des raisonnements de l'évèque de Genève, et ne trouvant point dans le calvinisme la satisfaction de son esprit ni ces convictions profondes qui reposent l'àme dans l'espoir d'un bonheur éternel, il abjura publiquement l'hérésie et en reçut l'absolution de la main du saint

» Cliail.-Aiig., p. 488

* C'est-à-dire cent quarante et un francs de notre monnaie; le florin valant quarante-six centimes.

^ Dép. du cfian. Gard. — Cliarl.-Aug., p. 48!).

* Charl.-Aug., p. 494.

prélat ; après quoi, voulant rendre compte de sa conduite au public, il écrivit plusieurs ouvrages remarquables contre la doctrine de Calvin. D'autres hérétiques imitèrent l'exemple du ministre; on courait en foule aux sermons de l'apôtre, attiré moins encore par la réputation de son éloquence que par sa sainteté éclatante qui frappait tous les yeux, quelque soin qu'il prit delà cacher : et on n'en sortait jamais sans sentir les impressions de la grâce que Dieu avait comme attachée à ses discours. Deux gentilshommes delà première noblesse, l'ayant un jour entendu prêcher sur ces paroles de l'Ecclésiaste : Vanité des vanités et tout est vanité, furent si touchés de l'onction pleine de force avec laquelle il fit ressortir la prééminence des richesses spirituelles sur tous les biens du monde , qu'ils se convertirent entièrement et menèrent jusqu'à la mort une vie très-édifiante.

Tel était l'intérêt qu'inspiraient les discours de François, que, pour n'en rien perdre, plusieurs les transcrivaient pendant qu'il les prononçait, et les plus savants mêmes ne pouvaient contenir leur admiration. « Quel homme est celui-là, s'écriait « l'un d'eux devant tout le peuple, qui expose avec tant de « clarté les points les plus difficiles de la théologie, et fait com- « prendre aux plus humbles esprits les choses les plus abstrai- « tes? — Ce n'est pas merveille, disait un autre, s'il fait tant de « fruit: car il joint. la sainteté à la doctrine, entendant fort bien « tout ce qu'il dit et le pratiquant mieux encore \))

Le saint évêque prêchait ainsi tous les jours, et à peine trouvait-il le temps de préparer ses prédications : car on venait de toutes parts le consulter comme l'oracle du Saint-Esprit ; et à quelque heure qu'on l'abordât, quelque occupé qu'il fût, il recevait tout le monde avec une grâce parfaite, semblant toujours n'avoir autre chose à faire qu'à écouter ceux qui voulaient lui parler et ne laissant jamais entrevoir qu'ils lui fussent importuns. Il confessait tous ceux qui se présentaient, rendait les

* Charl.-Aug.,p. 495.

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