‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 72 sur 231 · LIV. VI. — LETTRES AU PAPE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — LETTRES AU PAPE

« disait -il, je ne veux que la dilectioii et la charité des âmes : « Dieu me fait la grâce de me plaire avec tous ceux qui l'ai- « ment. » Touché de leur détresse, il les visitait souvent, leur faisait beaucoup d'aumônes, choisissait même leur église pour conférer les saints ordres, afin que le luminaire leur restât, et, comprenant combien tout ce qu'il pouvait leur faire était encore au-dessous de leurs besoins, il écrivit au pape Paul V *■ pour le supplier de les autoriser à posséder des biens en commun, afin que, affranchies des soucis de l'extrême indigence, elles pussent servir Dieu avec un cœur libre et une sainte allégresse. Il écrivit en même temps au cardinal Bellarmin* pour le prier d'appuyer sa demande. Cependant il ne parait pas que cette démarche ait eu de succès, puisque, quelques années après, on vit encore ces religieuses quêter à Annecy et aux environs.

La seconde lettre que François écrivit à Paul V fut une réponse à la lettre par laquelle ce souverain pontife lui demandait son avis sur Juvénal Âncina, mort évêque de Saluées, que l'on pensait à béatifier. Cette réponse a ceci de remarquable, que le saint évêque, en peignant son ami, l'évêque de Saluées, s'est peint lui-même, sans s'en douter, trait pour trait : « J'ad- « mirais en lui, dit-il', l'alliance merveilleuse d'une science « profonde avec une humilité plus profonde encore, de la grâce vite dans ses manières et dans son langage avec une grâce « et une modestie parfaites, de la dévotion avec une politesse « exquise. Jamais on n'a vu en lui la moindre trace d'amour de « soi ; et, d'un autre côté, il aimait cordialement tous les reli- « gieux, tous les ecclésiastiques et les laïques, sans avoir de pré- « vention contre personne. Il ne connaissait pas les mots glacés « de mien et de tien, et ne voyait en toutes choses que Jésusce Christ et la plus grande gloire de Dieu. Sa charité pour secou-

' Letti-e cccxau'.

* Liettre cccxciv*.

^ licttre cccci".

« rir le prochain n'avait d'égale que sa prudence pour diriger <( ses bonnes œuvres et sa sagesse pour les exécuter. Sur la a chaire épiscopale, sa vertu a rayonné bien mieux encore et a « fait de lui une lampe ardente et luisante qui, placée sur le « chandelier, a éclairé tous ceux qui sont dans la maison de « Dieu. On ne peut dire l'amour et la vénération que lui porte tait son peuple ; tant sa noble affabilité et son admirable « bonté lui conciliaient les cœurs de tous. »

Sur ces entrefaites, la ville de (irenoble, avide d'entendre une seconde fois la puissante parole qui l'avait tant édifiée, invita le saint évêque à venir prêcher lavent prochain avec le carême de l'année suivante; et cette prière était accompagnée de la permission du duc de Savoie, que le maréchal de Lesdiguières, au retour de ses brillants exploits dans la guerre du Piémont, avait facilement obtenue du prince. Deux considérations auraient pu faire hésiter tout autre à accepter cette invitation : premièrement , plusieurs regardaient comme une imprudence d'aller prêcher pendant deux années consécutives les stations de l'Avent et du Carême dans une ville telle que Grenoble, et disaient qu'il allait nécessairement se répéter, et, par ses redites, prêter le flanc aux railleries des hérétiques. Secondement, madame de Chantai était atteinte d'une grave maladie qui mettait ses jours en péril ; et comment la quitter dans cet état? Mais ni lune ni l'autre de ces considérations ne put arrêter l'homme de Dieu. 11 répondit à la première : « Ceux « qui m'accusent d'imprudence ont quelque raison; je connais f( qu'ils sont hommes, parce qu'ils raisonnent humainement. « Si je voulais me prêcher moi-même, j'au rais sujet de craindre; « mais, ne voulant que Jésus et sa gloire, j'espère faire voir à (( tout le monde que notre Dieu est un fonds inépuisable '. 11 répondit de même, à la seconde considération, que le bien public devait l'emporter sur le bien privé, la gloire de Dieu sur toutes les affections du cœur, et il partit, non cependant

' .\nnce delà Visitation, 27 février.

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