LIV. VI. — SECOND AVE.NT DE GRE>'OBLE
sans de grandes inquiétudes. Ces peines l'accompagnèrent les premiers jours de sa station : « Je suis en peine de notre mère, « que je laissai en danger il y a dix ou douze jours, écrivait-il le « 4 décembre '. Pensez si, étant demeuré depuis la veille de « Saint-André sans savoir de ses nouvelles; je dois être peiné. » Enfin, le 8 décembre, jour de la Conception de la sainte Vierge, il apprit que la malade entrait en convalescence, et il lui dit sa joie par ces riantes paroles qu il lui écrivit * : « Je suis allé « tout gai comme un petit oiseau dans ma chaire , où j'ai « chanté plus joyeusement qu'à l'ordinaire les louanges de ce « grand Dieu qui a racheté ma vie de la mort et me couronnera « dans sa miséricorde. Dieu soit à jamais béni qui nous court sole dans nos tribulations ! »
Dégagé de cette cruelle inquiétude, il se livra tout entier aux travaux de sa station , et eut les mêmes succès que l'année précédente. Les ministres calvinistes, jaloux du bien qu'il faisait, cherchèrent à le trouver en défaut soit dans sa doctrine , soit dans sa conduite ; ils n'y purent rien trouver à reprendre. Alors ils eurent recours aux injures et au mépris. Le saint évêque y répondit, selon les conseils évangéliques, en rendant le bien pour le mal, les bénédictions pour les malédictions; et il termina ainsi heureusement sa station : après quoi il repartit promptement pour Annecy.
Arrivé dans sa ville, il écrivit deux lettres au roi de France : la première, pour lui demander de remplacer par des officiers catholiques les officiers hérétiques qui commandaient au pavs de Gex ; et, comme les bons exemples sont plus propres que les bons discours à ramener les hérétiques, il ajouta la prière d'être autorisé à y établir des religieux réformés, surtout des pères de l'Oratoire, « qui sont, dit-il, bons à toutes sortes de « services spirituels et peuvent plus aisément lier des rapports « avec les hérétiques. » Sa seconde lettre fut relative aux
' Lettre cccciii*.
* Lettre ccccv*.
Carmes. Ces religieux avaient demandé à Louis XIII à revenir prendre possession de leur ancien couvent, situé à Gex, dont il restait encore quelques débris et quelques biens. Le roi. avant de répondre, consulta l'évêque de Genève, qui approuva ce rétablissement, mais à certaines conditions*.
Au milieu de ces sollicitudes, son àme, qu'avait déjà éprouvée si cruellement pou auparavant la mort du baron et de la baronne de Thorens, reçut à la fois deux de ces coups les plus terribles qui puissent atteindre un cœur sensible. Il perdit deux de ses intimes amis : le premier était dom Simplicien, directeur du collège d'Annecy, qui réunissait à une piété éminente une science profonde : respecté et aimé des écoliers, vénéré de toute la ville comme un saint, remarquable dans la chaire par sa manière d'instruire, assidu au confessionnal oii il jouissait de la confiance générale, il paraissait encore un ange à l'autel et vivait d'une vie de dévouement qui le fit succomber avant l'âge. Le second fut M. de Coëx, surnommé M. de Sainte-Catherine, pour le distinguer de son frère le prieur de Talloires : chanoine de la cathédrale, grand pénitencier, ecclésiastique accompli, d'une piété sincère et bien entendue, il était en particulier pour François plus qu'un ami ; c'était son confesseur, son œil et son bras droit par ses lumières et son zèle, et le pieux évéque lui portait tout l'intérêt que la charité et la reconnaissance mettent dans le cœur des saints. Dès qu'il le vit malade, il pria de toute son âme pour la conservation d'une vie à laquelle se rattachaient de si grands intérêts. Mais Dieu, au lieu d'exaucer sa prière, lui révéla que l'arrêt de mort porté sans appel allait s'exécutera Alors, s' armant de toute sa résignation pour acquiescer à la volonté divine, il ne songea plus qu'à encourager et préparer ce digne ami au sacrifice de sa vie : étant venu le visiter, il rencontra, à son entrée dans la maison, le frère du malade, M. de Coëx, prieur de Talloires, qui fondait en pleurs :
* Lettre ccccx'.
* Charl -Aug., p. oOD.