‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 75 sur 231 · LIV. VI. - SECOND CAREME DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

LIV. VI. - SECOND CAREME DE GRENOBLE

On sentait que l'esprit de Dieu parlait par sa bouche, et ses discours étaient moins un effort de l'esprit humain qu'une de ces productions de l'àme purifiée par la piété, qui instruisent et qui touchent, qui éclairent et qui embrasent. Aussi produisit-il des fruits admirables. Les pécheurs se convertirent, les justes devinrent meilleurs, et la piété s'accrut dans toute la ville. Le maréchal de Lesdiguières, assidu à l'écouter en public et fidèle à l'entretenir en particulier, s'affermit dans la disposition d'embrasser la religion catholique ; ce qu'il fît en effet quand il fut connétable. Enfin, tout le monde jugeant de la sainteté des filles par celle du père, voulut avoir dans la ville un monastère de la Visitation. 11 y consentit, et manda madame de Chantai avec quelques autres religieuses pour faire cette fondation. Elle arriva la veille du dimanche des Rameaux, trouva la maison provisoire qu'on avait louée pourvue de toutes les choses nécessaires, et le lendemain on fit avec grande pompe la cérémonie de l'établissement du premier monastère de Grenoble. Le lundi saint, elle choisit, de concert avec l'évèque, pour bâtir le monastère définitif, un lieu élevé et de difficile accès au milieu des rochers, comme offrant tout à la fois un air plus pur, un moyen de s'étendre à meilleur marché, et plus de facilité à ses rehgieuses pour mener une vie solitaire et séparée du monde ; elle reçut ensuite quelques novices, et, après avoir organisé la nouvelle communauté, elle s'en retourna à Annecy. Pour le saint ^•vèque, il désira, avant son retour, visiter la grande Chartreuse, qui n'est qu'à douze kilomètres de Grenoble *.

Dom Bruno d'Affringues, ce grand homme dont nous avons «u déjà occasion de parler, général de l'ordre, le reçut avec un accueil digne de sa piété, le conduisit dans la chambre des hôtes la plus convenable, et après s'être entretenu avec lui de saints discours, il le pria de l'excuser s'il ne pouvait lui tenir compagnie plus longtemps , parce qu'il devait se disposer à aller la nuit aux matines. L'évèque demeura très-édifié de cette

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exactitude; mais comme ce saint religieux se retirait, il rencontra le ])rocureur de la maison qui lui demanda où il avait laissé monseigneur de Genève : « Je l'ai laissé dans sa chambre, « dit-il, pour aller dans ma cellule me disposer aux matines. — « Vraiment, lui dit le procureur , vous entendez fort mal les « cérémonies : vous aurez toujours assez de loisir pour chanter « les louanges de Dieu ; les matines ne vous manqueront pas « d'autres fois, et nous n'avons pas souvent dans ce désert des « prélats du mérite de M. de dencve. Quelle honte pour la « maison que vous l'abandonniez, ainsi seul ! — Mon enfant , « reprit le général, je crois que vous avez raison et que j'ai mal « fait. » Et à l'instant étant retourné vers le saint évêque, il lui dit avec une candeur et une ingénuité admirables : « Monsei- « gneur, j'ai rencontré, en m'en allant, un de nos pères, qui « m'a dit que j'avais fait une impertinence de vous avoir laissé « seul; je l'ai cru et m'en suis revenu tout droit vous demander « pardon , en vous priant d'excuser ma sottise ; car je vous as- « sure que ignorans feci, je n'ai pas compris la faute que je « faisais. »

François, admirant tant de candeur, plus que s'il eût vu un miracle, demeura quelques jours dans cet asile de la perfection religieuse , en étudia les vertus et les règles, et s'en revint à Annecy, embaumé du parfum de piété qu'on respire en ce saint lieu.

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