‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 77 sur 231 · LIV. VI. — SON VOYAGE A PARiîi · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON VOYAGE A PARiîi

« il, que de choses saintes et de pratiques de vertu, mais d'une « manière si délicieuse, qu'il intéressait tout le monde et que « personne n'en éprouvait d'ennui. 11 me souvient, entre autres « choses, qu'il nous disait que, quoique la vertu se montre sous « une forme austère dans les anachorètes, elle doit se montrer « sous un visage doux et aimable dans la cour des princes; que « personne n'est plus obligé à être vertueux que les grands, « puisque >otre-Seigneur a voulu naître d'un sang royal ; qu'on « doit être humble à proportion qu'on est plus élevé; que la « magnanimité est bien différente de la vanité, et l'humilité de « la pusillanimité ; qu'il n'est rien de plus magnanime que « l'humilité, et de plus lâche, de plus indigne d'un grand « cœur, que la vanité ou l'orgueil : témoin tant de pieux j>er- « sonnages qui ont été à la fois et très-humbles et Irès-magna- « nimes. Puis, il nous parlait de la gloire des saints, du bon- « heur de l'éternité, de l'aveuglement des hommes qui s'at- « tachent à des biens passagers et négligent les biens éternels. « seuls dignes d'une âme immortelle : il nous représentait le « bonheur d'avoir en Dieu un père digne de toute notre con- « fiance filiale comme de tout notre amour. Plutôt mourir, di- « sait il, que d'aimer autre chose que Dieu; plutôt tout perdre « que de perdre l'espérance de l'aimer éternellement ; et il dé- « velo[)pait toutes ces belles vérités d'une manière si gracieuse. « qu'on avait un plaisir indicible à l'entendre. »

Arrivé à Paris, d vint loger rue de Tounion,à l'hôtel du maréchal d'Ancre, avec le premier président Favre ; et dès le lendemain on vint l'inviter à prêcher pour le onze novembre , fête de saint Martin, dans l'éghse des prêtres de l'Oratoire. Selon sa coutume^ il acquiesça à l'invitation qui lui était faite. A cette nouvelle, tout Paris s'émut; le roi et les deux reines, plusieurs évèques et les savants de la capitale, toutes les classes de la société enfin, voulurent entendre un prédicateur de si grande renommée ; et le jour du sermon, la foule dans l'église fut si compacte, que l'orateur lui-même, arrivant après les autres, ne put entrer que par une fenêtre à l'aiile d'une échelle qu'on II. 15

lui fit passer. Chacun, dans cette circonstance solennelle, attendait un discours digne d'un si grand auditoire, digne surtout du beau génie qui avait produit V Introduction à la vie dévote et le Traité de l'amour de Dieu ; mais le saint evcque, au lieu d'écouter les inspirations de l' amour-propre, qui eût été fier de paraître en si belle occasion, crut qu'il valait mieux s'humilier sur le plus grand théâtre du monde, et se borna à raconter simplement la vie de saint Martin. Pendant qu'il en faisait le récit, il entendait des personnes dire à demi-voix : « Voyez un « peu ce montagnard, comme il parle bassement 1 C'était bien « la peine de venir de si loin pour nous dire ce qu'il dit et exerce cer la patience de tout le monde ! » Et en entendant ces critiques, l'humble prélat se réjouissait d'être méprisé des hommes, content de plaire à Dieu seul. Le monde blâma ce discours; et le saint évêque répondit pour toute justification qu'on ne pouvait attendre d'un arbre de montagne autre chose que des fruits sauvages. 11 fit part du fait à saint Vincent de Paul, et cet homme de Dieu, jugeant la chose autrement que le monde, en fut édifié. « Voilà, dit-il à ses frères en leur ci- « tant ce trait d'humilité, voilà comme les saints répriment « la nature qui aime l'éclat et la réputation : voilà comment « nous devons faire nous-mêmes, préférant les emplois bas « aux apparents, l'abjection à ce qui pourrait nous faire « honneur. »

Si le premier sermon eut peu de succès, le piédicateur y suppléa par la sainteté de sa vie et de ses exemples : il y avait en sa personne et en toutes ses manières une certaine majesté douce qui révélait un homme tout céleste, et faisait dire que si on voulait avoir une idée de Jésus-(]hrist conversant sur la terre, il n'y avait qu'à voir l'évêqiie de Genève, sa mansuétude, sa prudence, son humilité et toutes ses vertus. Quand il marchait par les rues, on le regardait avec vénération, on s'estimait heureux de pouvoir toucher son vêtement comme s'il en fut sorti une vertu divine, et l'on vénérait comme des reliques tout ce qui avait été à son usage, jusqu'à ses cheveux, qu on tâchait ds'

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