LIV. VI. — AVENT DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS
se procurer parcçlui qui lui faisait la tonsure*. Aussi, quand il reparut en chaire pour prêcher l'Avent à Saint-André-des- Arts, la foule fut si grande, que les cardinaux, les évoques et les princes avaient peine à y trouver place , et plus il prêcha, plus on témoigna d'avidité pour l'entendre. « Jamais, disait-on, les « apôtres n'avaient prêché plus saintement ni plus apostolique- « ment. » Pour lui. il ne pouvait concevoir cet le vogue qu'avaient ses sermons. « N'êtes-vous pas étonné, disait-il à un de ses « amis, de voir tous ces bons Parisiens venir m'entendre, moi « qui ai la langue si épaisse, les conceptions si basses, les ser- « mous si plats? — Pensez-vous, lui répondit ce digne ami, « que ce soient les belles paroles qu'ils cherchent en vous ? Il « leur suffit de vous voir en chaire, votre cœur parle par vos « yeux et votre bouche ; ils ne vous verraient faire qu'une courte « prière, ils seraient contents. Vos paroles communes, embra- « sées du feu de la charité, percent les cœurs et les attendrissent. « Ily a dans vos discours je ne sais quoi d'extraordinaire ; tout « porte coup. Un autre en dirait trois fois plus, qu'on n'y ferait « pas d'attention. Vous avez une certaine rhétorique d'Annecy. « ou plutôt du paradis, qui produit des effets admirables*. »
Cette grande vogue alla croissant pendant toute la station ; et à la fin les marguilliers de Samt-André, ne sachant comment exprimer leur reconnaissance, voulurent lui faire hommage d'un service magnifique en vaisselle d'argent; mais, à leur grand regret, ils ne purent rien lui faire accepter. Cette station terminée, les prédications de l'homme de Dieu ne discontinuèrent point; on l'invita à prêcher de toutes parts, et toujours on reçut de lui une réponse bienveillante. Un jour un des siens, l'entendant promettre un sermon pour un jour de fête , lui fit remarquer qu'il s'était déjà engagé pour ce jour-là dans une autre église. «Laissez faire, répondit-il, Dieu nous fera la grâce « de multiplier notre pain ; il est riche en miséricorde sur ceux
« Charl.-Aug., p. 522 et 525.
* Le P. Binet, dans son ouvrage : Quel est le meilleur Gouvernement, le doua; ou le sévère ? p. 193.
« qui l'invoquent. — Mais votre santé en souffrira. — Si Dit'U « forlifie l'esprit pour lui donner de quoi parler, il ne délais- « sera pas le corps par lequel se distribue sa parole. Et puis ne « sommes-nous pas par état la lumière du monde? On a tort « de se plaindre qu'un flambeau se consume en éclairant les « autres. — Mais Dieu ne défend pas d'avoir soin de sa santé. « — Non, mais il défend la défiance de sa bonté ; et si on me « demandait un troisième sermon pour le même jour, j'aurais « moins de peine à le faire qu'à le refuser. Ne faut-il pas se fon- « drc corps et âme pour ce cher prochain queNotre-Seigneur a « aimé jusqu'à mourir d'amour pour lui^? » Suivant ce principe, il lui arriva de promettre jusqu'à trois et quatre sermons pour le même jour ; et, ses amis lui en faisant reproche comme d'une indiscrétion : « Que voulez-vous, leur répondit-il, j'ai un « cœur qui ne sait rien refuser. J'ai plutôt fait un sermon que « de dire nenni^. Si j'entrais dans vos vues, il faudrait m'établir « un vicaire pour refuser ; car jamais je n'aurais le courage de « le faire moi-même. La parole que j'annonce m'apprend que « nous devons donner à tous ceux qui nous demandent, et que « la vraie charité, sans égard à ses propres intérêts, n'envisage « que ceux de Dieu et du prochain . Qu'est-ce que le peu que nous « faisons près des sentiments de Moyse et de saint Paul, dont « l'un désirait être effacé du livre de vie et l'autre être anathème « pour ses frères* ? » Le jour des Rois, il prêcha dans l'église Saint-Mathurin sur la beauté de l'Eglise naissante, montra, d'un côté dans le mystère de la fête un mystère de vocation et d'offrande, de lumière et d'amour; de l'autre, dans chaque communion comme une nouvelle épiphanie. puisque après avoir reçu Jésus-Christ, nous devons lui faire hommage ainsi qu'à notre roi. et renouveler le serment de notre iidélité*.
* Eaprit de saint François de Sales, p. XIV, sect. xxx. — Année do la Visitation, 9 juillet.
* Vie du Saint, par la mère de Chaugv.
' Esprit de saint François de Sales, p. IV*. sect. xxxiv.
* Année de la Visitation, (1 janvier.