‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 79 sur 231 · LIV. VI.— CAREME DE SÂINT-ANDRÉ-DES-ARTS · texte numérisé non relu

LIV. VI.— CAREME DE SÂINT-ANDRÉ-DES-ARTS

Huit jours après, prêchant dans l'église Sainte-Madeleine, il prit pour texte ces paroles : « Jésus a été obéissant jusqu'à la « mort de la croix. » Sur quoi , un hérétique qui se trouvait présent étant venu lui dire d'un air magistral que le texte de son discours était inopportun : « Monsieur, répondit-il en sou- « riant , ce texte était très-opportun pour vous , puisque vous « désobéissez à l'Eglise. » Le calviniste, touché de la réponse, se fit instruire et abjura ses erreurs.

Le 17 janvier, il prononça le panégyrique de saint Antoine, où il fit ressortir combien nous serions inexcusables de ne pas nous sauver, nous, vivant parmi les chrétiens et avec tant de moyens de salut, lorsque ce patriarche de la solitude a pu devenir un saint parmi des légions de démons acharnés à sa perte.

Le 20 janvier, il prêcha encore le panégyrique de saint Sébastien; et là, parlant de l'écriteau attaché par ordre de l'empereur sur la poitrine du glorieux martyr, pour faire connaître qu'il était chrétien, il montra comment nous devions tous porterie nom de Jésus gravé dans nos cœurs.

Le Carême arrivé, il reprit ses sermons de la station à Saint- André-des-Arls : après le Carême, il continua encore de prêcher partout oîi on l'invita; de sorte qu'on fit le calcul, à son départ, que, pendant l'année qu'il avait passé à Paris, il était monté en chaire jusqu'à trois cent soixante-cinq fois , et cela sans jamais lasser son auditoire' : car. au contraire, plus il prêchait, plus on était avide de l'entendre. La foule le suivait partout où il devait parler, jusque-là que, prié de prononcer à la maison professe des jésuites le panégyrique de .saint Louis, il fut obligé, vu l'aftluence du peuple, de passer par une des fenêtres du chœur pour arriver à la chaire*, comme il avait fait quelques mois auparavant le jour de Saint-Martin.

Dans ces instructions si multipliées, le saint prédicateur ne

« Charl.-Aug..p. o2'2.

* Cliarl.-Aiig., p. 524.

négligeait pas l'éloquence, mais il s'occupait beaucoup plus de donner à ses auditeurs une doctrine claire et solide : s'oubliant lui-même, il ne pensait qu'à la conversion des àmcs; plein de douceur partout ailleurs, il paraissait là plein de zèle, s animant d'une sainte colère contre le monde et ses passions, rappelant les pécheurs à la vertu, recommandant aux justes la pratique des conseils évangéliques, surtout la communion et la dévotion au saint Sacrement, qu'il appelait la fontaine de toutes les grâces, l'arsenal où nous devons prendre les armes défensives et offensives pour combattre les ennemis du salut \

Toutefois, quels que fussent les discours de l'évêque de Genève, le saint emploi qu'il faisait de son temps prêchait plus éloquemment encore. Lorsqu'il n'était pas en chaire, il s'occupait de prières ou de saintes œuvres ; il confessait toutes les personnes qui désiraient lui ouvrir leur cœur, et elles étaient nombreuses ; il officiait pontilicalement ou allait dire la messe partout où on l'invitait ; dès qu'on savait le lieu, on faisait foule pour le consulter sur les affaires les plus difficiles, sur les cas de conscience qui inquiétaient, sur les voies de la perfection où l'on voulait marcher, et toujours on se retirait d'auprès de lui content et meilleur. Une vie si bien remplie édifiait toute la capitale, gagnait les cœurs à Dieu et faisait de nombreuses conversions, même parmi ceux qui ne pouvaient l'entendre.

Le gouverneur dé la Fère, en Picardie, calviniste obstiné, étant tombé dangereusement malade à Paris, consentit, sur les instances de ses amis catholiques, à conférer de la religion avec un prélat d'une si haute réputation de science et de vertu-. Le saint évêque, informé delà chose, s'empressa d'accourir au chevet du malade. AccueilU d'abord par des paroles brusques, il n'y opposa que des manières et des paroles pleùies de douceur, et aborda peu à peu la controverse avec cet art d'insinuation qui lui était propre. Le malade écouta tout avec

' Dép. du seigneur de Charmoisy.

s Charl.-Ang., i>, 510.

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