UV^ VI. — CONVERSIONS REMARQUABLES
grande attention et sans aucun indice de déplaisir : « Mon- « sieur, dit-il ensuite, je ne suis pas en état de discuter, mais « revenez dans huit jours, je conférerai de tout avec le ministre « Dumoulin, je le ferai venir ici avec vous, et tous deux vous « discuterez ces matières en ma présence. » Cette réponse remplit de joie le cœur du saint prélat, et il promit d'être exact au rendez-vous. Le malade mande aussitôt le ministre, lui rapporte la doctrine et les raisons de l'évèque, et le prie d'accepter la discussion en sa présence. Le ministre refuse: le malade insiste, lui disant qu'il répondra de son àme au jour du jugement ; les instances sont inutiles, Dumoulin ne veut pas se mesurer avec l'évèque de Genève. Au bout des huit jours, l'évèque revient, selon sa parole : « Ah ! monsieur, lui dit le malade en « pleurant, que je suis heureux de vous revoir! Voilà cinquante « ans que les ministres me trompent : si Dumoulin avait jugé « sa cause bonne, il n'aurait pas refusé de la soutenir devant « vous. Un tel refus m'éclaire, je suis prêt à abjurer le calvi- « nisme. que son ministre ne sait pas soutenir. Veuillez, de « grâce, m'instruira de la religion catholique. »
Le saint évèque, alors, levant les yeux et les mains au ciel pour adorer l'éternelle providence de Dieu , commença l'instruction de son malade, le réconcilia à l'Eglise, lui obtint, par ses prières, le rétablissement de sa santé ; et le nouveau converli, plein de zèle pour la foi qu'il venait d'embrasser, convertit toute sa fîimille, qui était fort nombreuse'. Cette conquête ne fut que le prélude de beaucoup d'autres victoires.
Un gentilhomme calviniste qui se trouvait chez madame de Montigny, sa parente, au moment oiî François alla la visiter, lui ayant déclaré qu'il se ferait soudain catholique si on lui prouvait l'existence du purgatoire, l'évèque ouvrit aussitôt la Bible, qu'il faisait toujours porter avec lui par son valet de chambre , lui montra, par l'exemple de David*, qu'après le
' Année de la Visitation, 15 février.
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péché pardonné il reste une peine temporelle à subir; par la première épitre de saint Jean*, qu'il est des péchés qui ne sont pas mortels ; et de ces deux faits il inféra l'existence d'un lieu d'expiation pour ceux qui meurent sans avoir subi cette peine temporelle ou expié ces péchés véniels. Il apporta le texte si clair du 11* livre des Machabées : « C'est une sainte et salutaire « pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de « leurs péchés. » Et il prouva l'authenticité de ce livre. Citant ensuite la parole de Notre-Seigiieur : Le péché contre le Saint- Esprit ne sera remis ni en ce monde ni en Vautre, il en conclut qu'il est des péchés qui seront pardonnes dans l'autre monde ; et ces péchés, quels sont-ils, sinon ceux qu'on expie en purgatoire? Il développa le texte de saint Paul : Celui qui mêle un peu de vanité à sa prédication sera sauvé comme à travers le feu ; et passant de là aux sentiments des Pères et des conciles, à l'autorité et à la coutume de l'Eglise, à la raison même qui nous dit que, puisqu'il en est qui à la mort ne sont ni assez saints pour entrer de suite au ciel, ni assez mauvais pour être jetés en enfer, il doit y avoir, pendant la durée des temps d'épreuve, un lieu mitoyen entre l'un et l'autre, il laissa le gentil- , homme pleinement convaincu de l'existence du purgatoire, et peu de jours après il reçut son abjuration ^.
Un autre calviniste demi-savant voulut, vers le même temps, par pure curiosité, entrer en controverse avec le saint évêque et le presser de ses objections pour savoir jusqu'où allait sa science dont on parlait tant : il fut pris dans les fdets de l'homme de Dieu et se convertit.
Un autre, descendu de l'hérésie jusqu'à l'athéisme par une conséquence qui est rigoureuse pour tout esprit logique, ayant eu occasion de le rencontrer, lui demanda d'un ton railleur s'il y avait un Dieu et qu'est-ce que c'était que la foi '. L'évêque
' I Joan., .').
'- Chad.-Aug., \}. ôSO.
^ Charl.-Aug., p. 521.