‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 81 sur 231 · LIV. YI. — CONVERSIONS REMARQUABLES · texte numérisé non relu

LIV. YI. — CONVERSIONS REMARQUABLES

alors, s'inspiranl d'un zèle apostolique, accompagné de la plus aimable douceur, reprit patiemment la chaîne des vérités religieuses depuis le premier anneau jusqu'au dernier, conduisit cet esprit dévoyé des principes aux. conséquences, le forçant d'admettre d'abord une cause première spirituelle, infiniment parfaite, avec l'obligation de l'honorer, de l'aimer et de la servir : puis la mission divine de Jésus-Christ et de son Eglise chargée de conserver intact le dépôt des vérités révélées, avec le devoir de nous soumettre à ses enseignements; enfin la beauté et l'excellence de ces enseignements mêmes ; et telles turent la force et l'onction avec lesquelles il exposa tout ce bel ordre de doctrine, que l athée, ouvrant à la fois son esprit et son cœur à la vérité démontrée, fondit en larmes sur son égarement, se confessa, communia et mena depuis une vie exemplaire ' .

Quelques jours après ce retour si consolant, on vint avertir le saint évêque qu'il y avait dans les prisons un malheureux condamné à mort qui, dans l'exaspération du désespoir, refusait les sacrements et dévouait d'avance son ànie à tous les démons. 11 accourt sur-le-champ, descend dans le cachot, embrasse le coupable, le console, pleure avec lui et le presse d'avoir confiance dans les miséricordes divines, d'accepter la mort en expiation de ses fautes et de s'y préparer par la confession : « C'est inutile, dit le malheureux ; je suis destiné à « 1 enfer et je serai bientôt la proie du diable. — Mais, mon « enfant, n'aimeriez-vous pas mieux être la proie du bon Dieu « et la victime de la croix de Jésus-Christ? —Sans doute, mais « Dieu n'a que faire d'un misérable comme moi. — Mais c'est « pour les hommes comme vous, réplique l'évcque, que le « Père éternel a envoyé son Fils au monde; c'est pour des « hommes pires que vous, tels que ses bourreaux et le traître « Judas, que Jésus-Christ a versé son sang. — M assurez-vous, « dit le criminel, que je puis sans effronterie recourir à la mi-

* Dep. de François Favre, qui était présent.

« séricorde de Dieu ? — Ce serait au contraire une grande c( effronterie de ne pas penser que cette miséricorde, étant in- « finie, peut pardonner tous les péchés possibles. — Mais Dieu « est juste, il me damnera. — Dieu est miséricordieux, il vous « sauvera si vous lui demandez pardon avec un cœur contrit « et humilié. » Touché de ces bonnes paroles, le criminel se confesse, se résigne, et fait la mort la plus édifiante en redisant souvent : « 0 Jésus ! je m'abandonne à vous, je me confie « en vous ^ ! »

Non-seulement l'évêque de Genève allait visiter ceux auxquels il pouvait être utile; mais tout le temps qu'il passait dans sa chambre il était accessible à tous, aux indiscrets même et aux importuns, comme à ses meilleurs amis ; il recevait cette foule avec une sainte joie et une merveilleuse affabilité, sans jamais laisser s'élever sur son front aucun de ces nuages que forment la fatigue et l'ennui, entendant parler des petites choses comme s'il eût ignoré les grandes, et des grandes comme s'il ne se fût jamais occupé des petites, écoutant avec plaisir et engageant à répondre avec confiance, s'accommodant à tous et ne se préférant à personne, laissant chacun faire paraître son esprit sans jamais se prévaloir de la supériorité du sien.

Un jour un hérétique, étant venu le trouver dans sa chambre, lui demanda sans autre préambule si c'était lui qu'on nommait l'évêque de Genève. « Oui, monsieur, répondit-il, on m'appelle « ainsi. — Je voudrais bien savoir de vous, qu'on tient pour « un homme apostoUque, si les apôtres allaient en carrosse. « — Certainement, monsieur, quand l'occasion s'en présentait. « — Je voudrais bien que vous me fissiez voir cela dans l'E- « crilure. — Lisez le huitième chapitre des Actes des Apôtres, « vous y verrez que le diacre saint Philippe monta dans le car- « rosse de l'eunuque de la reine d'Ethiopie. — Mais, dit l'autre, « ce carrosse n'était pas à lui ; il était àl'eunuque, et ce n'était pas

1 Esprit de saint François de Sales, p. 111% sect. xl. — Charl.-Aug,^ p. 521 .

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