‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 89 sur 231 · LIV: VI. - IL EST L>JLSTEMENT ACCUSE. tJ2l · texte numérisé non relu

LIV: VI. - IL EST L>JLSTEMENT ACCUSE. tJ2l

de la vendre était donné lorsque arriva à Annecy la nouvelle de la mort de l'infortuné prisonnier *.

Cependant une vertu si noble eut à subir, vers ce temps-là. une terrible tempête. Consulté sur un projet de mariage, il s'était borné à rendre bon témoignage des belles qualités du jeune homme et à recevoir la promesse mutuelle de s'épouser, que les futurs étaient venus faire en sa présence. Ce mariage n'ayant pas été du goût des familles, on s'en prit à lui comme s'il l'eût négocié et conclu. De là des blâmes sévères, des censures mordantes et des invectives furieuses contre l'homme de Dieu. Mais, au milieu de cet orage, loin de perdre un instant son calme et sa sérénité, il fut le premier à con.soler le gentilhomme de sa mésaventure par une lettre pleine de bonté*. Il écrivit ensuite à ses accusateurs', les priant de « trouver bon « qu'il soulageât son âme en se plaignant à eux-mêmes de leurs « plaintes, qui l'affligeaient et létonnaient; » et, cela fait, il se tint en paix : « La Providence, dit-il *, sait la mesure de répu- « tation qui m'est nécessaire pour faire son œuvre, et je n'en « veux ni plus ni moins que ce qu'il lui plaira que j'en aie. Je « ne suis touché ni des censures ni des blâmes qu'on jette « contre moi^. Je sais que devant Dieu je suis sans reproche à « ce sujet : je voudrais bien pourtant regagner les bonnes « grâces de ces messieurs en faveur de mon ministère : si je ne « le puis, je ne laisserai pas de marcher à travers la bonne et la «mauvaise réputation; j'en aurai toujours plus que je n'en « mérite. . . J'ai remis à la Providence tous ces vents déchaînés, « écrivait-il à madame de Chantai ® : qu'ils soufflent ou qu'ils « s'apaisent, je veux ce que Dieu veut : le calme et la tempête

* Dép. de Favre, qui avait reçu i'orilr.' de voidro cette vaisseUo. — Cliarl.-.\ug., p. 545.

* Lettre Dxvi'.

^ Lettre cccclxxxiii*

* Lettre cccclsxxi'.

5 Lettre cccclxxiiv'.

^ Lettre cccclxxxvi».

« me sont choses indifférentes. Bienheureux vous êtes quand « les hommes disent en mentant tout mat contre vous à cause de « moi *. Si le monde ne trouvait pas à redire sur nous, nous « ne serions pas serviteurs de Dieu. J'ai recommandé cotte « affaire à la sainte Vierge et ai résolu de lui en laisser le soin : « en s' opposant aux vagues, on ne gagne que de l'écume. Ne « soyez pas si tendre sur moi ; il faut bien vouloir que l'on me « censure : si je ne le mérite pas pour un point, je le mérite « pour un autre. Voudrais-je donc être seul au monde exempt « d'opprobres? 11 y a de l' amour-propre à vouloir que tout le « monde nous aime et que tout nous tourne à gloire. »

1 Matth., V, 11.

Page 1