LIV. VI.— ERMITES DU MONT VOIRON
un manteau jusqu'à mi-jambe ; et statue qu'ils porteront la chaussure et le linge de corps.
Il leur prescrit le jeûne pour tout l'Avent, pour tous les vendredis de Tannée, pour toutes les veilles de leurs patrons, pour le temps depuis l'Assomption jusqu'à la Nativité de la sainte Vierge ; l'abstinence de chair tous les mercredis : la discipline le vendredi pendant la récitation du miserere et toutes les fois qu'ils auront fait quelque manquement grave.
Tous mangeront au réfectoire commun ; ceux qui savent lire réciteront le grand office, et les autres le rosaire : on sonnera pour les matines à quatre heures du matin, et si l'on peut prévoir qu'il y aura alors beaucoup de confessions à entendre, on les dira la veille à huit heures du soir. On fera une demi-heure de méditation après primes et autant après complies. A six heures du matin commenceront les messes, que les frères serviront tour à tour. Les prêtres célébreront tous les jours, et les ermites non-prètres communieront tous les dimanches et jours de fête.
On gardera exactement le silence; et si la charité oblige à parler, on veillera sur sa langue pour ne rien dire qui ne convienne. On accueillera avec beaucoup d'aménité tous les étrangers et on les traitera avec bienveillance.
On gardera fidèlement sa cellule, n'en sortant que par obéissance à la règle, par permission ou nécessité. Quand on sera envoyé dans le monde, on donnera partout bon exemple, et au retour on rendra compte de tout ce qu'on aura fait. Jamais on n'ira faire de quête au dehors, à moins qu'on ne manque du nécessaire pour vivi-e.
On obéira au supérieur nommé par l'évèque, et si on a des plaintes à faire contre son administration . on en référera à l'évèque.
On n'admettra personne au rang des ermites qu'après une année de probation ; et pour recevoir ou renvoyer un ermite, il faudra le consentement de l'évèque et de tous les frères*.
• Charl.-Aug., p. 559 et suiv.
Ces constitutions, dont nous ne donnons ici que la substance, furent lues et approuvées en plein synode; elles ermites, après s'y être soumis de bon cœur, prononcèrent leurs vœux de religion, L'cvôque chargea un de ses chanoines de surveiller l'observation de ces règles , et d'avoir constamment l'œil sur la communauté pour prévenir tout abus. Lui-même, de son côté, exhorta de temps en temps par ses lettres les ermites à se soutenir et à croître dans la perfection de leur état. « La charité « de Jésus-Christ, leur écrivait-il, est douce, pUable, patiente : « Dieu, qui est la charité même, vous veuille tous conserver en
« son saint service J'aurai de vous tous le soin que vous
« pourrez désirer d'un ami et d'un frère fidèle. Demeurez en « paix et reposez-vous sur cette mienne déclaration. Armez- « vous d'humihté, de patience, de douceur, et chantez joyeu- « sèment : Dominus protector vitœmeœ, aqiio trepidabo^? Le « Seigneur est mon protecteur, que pourrais-je craindre? De- « meurez sous les ailes de Notre-Dame; ne craignez rien, et que « la paix de Jésus-Christ, qui surpasse tout sentiment, garde « vos cœurs et vos esprits^.
A mesure que François avançait dans la vie, sa sainteté paraissait de plus en plus éclatante. Un jour qu'il se préparait à montera l'autel, absorbé dans la méditalion jusqu'à oublier l'heure ordinaire de sa messe, un de ses aumôniers étant venu l'avertir qu'on l'attendait : « Ah ! s'écria-t-il en se levant avec M allégresse, je vais donc le prendre, ce divin Sauveur, je vais « donc le prendre ! » Et il se revêtit des ornements sacrés en faisant paraître une joie extraordinaire. Interrogé ensuite par son confesseur sur le motif de cette joie : « C'est, répondit-il, « que Dieu m'a donné de grandes lumières sur l'Incarnation et « l'Eucharistie, et m'a inondé d'une -telle abondance de grâce, « que la joie intérieure s'est reflétée sur mon extérieur. » Quelques jours après, pendant qu'il prêchait dans sa cathédrale
* Psal. XXVI, t.
* Dép. de Baffi.