‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 93 sur 231 · LIV. VI. — APOSTASIE D'UN DE SES AMIS. ^i · texte numérisé non relu

LIV. VI. — APOSTASIE D'UN DE SES AMIS. ^i

La joie que lui inspirait l'espérance de sa retraite fut cruellement troublée par une nouvelle qu'il apprit alors : il avait un ami qui lui était cher, et cet ami apostasia la vraie foi, se fit calviniste et passa en Angleterre. Au récil de cette défection, son cœur fut navré ' ; il pleura amèrement un ami perdu : « De ma « vie, écrivait-il, je n'ai eu si fâcheux étonnement. » 11 gémit sur la facilité de l'esprit humain à s'égarer quand il se soustrait à l'autorité qui doit le conduire : « 0 vanité de l'esprit a humain qui se confie en soi-même ! ô que les hommes sont «vains quand ils se croient eux-mêmes! 31on ami, qui ne « trouvait pas as.sez bien prouvée l'autorité du Pape sur les « chrétiens, est allé se ranger sous l'autorité ecclésiastique « d'un roi dont l'Ecriture n'a jamais autorisé la puissance que « pour les choses civiles. » Enfin il s'émut sur le sort de l'Angleterre tout entière, comme il s'était ému autrefois en apprenant l'accueil fait par Jacques V à son Traité de l'amour de Dieu. « J'ai une inclination particulière à cette grande île et à « son roi, écrivait-il, et j'en recommande incessamment la « conversion à la divine Majesté, mais avec confiance que je « serai exaucé ainsi que tant d'àmes qui soupirent pour cet « effet*. »

A la peine de cette défection s'ajouta dans l'âme du saint évêque une autre douleur peut-être non moins sensible. Il apprit de fâcheuses nouvelles de l'abbaye de Sixt, où. à force de sollicitudes, il croyait avoir rétabli l'ordre et la paix. Dès l'année IGOô, c'est-à-dire quinze ans auparavant, \\ avait essayé de faire rentrer dans le devoir les religieux de cette maison : en 1 604 il avait fait une seconde tentative et imposé des constitutions qui prescrivaient la vie commune et l'obéissance au prieur : nous avons rendu compte de ces deux faits au livre IV* de celte histoire; mais ces constitutions furent si peu observées, que le public, tournant cette réforme en plaisanterie, disait que.

' Lettres dilii* et dxlv*.

* Chari.-Aug., p. 549.

l'évêque n'avait rapporté de ses deux voyages que le froid des montagnes, les glaces et les neiges; et le débonnaire prélat, qui ne désespérait jamais de la conversion des pécheurs, répondait aux railleurs : « Vous avez beau dire, il y a bonne se- « mence sous cette neige ; le temps de la récolte viendra. Le « laboureur, qui voit ses champs couverts de frimas, attend « avec patience le fruit de son travail ; et moi aussi, je vis dans c celte attente. Quand la neige sera fondue, nous ferons la « moisson. 11 faut travailler à l'œuvre de Dieu selon la manière « de Dieu et non selon l'humeur de l'homme : or, Dieu est « patient et miséricordieux, il nous attend à pénitence ; au lieu « que l'homme est prompt et colère et n'a souvent de miséri- « corde que pour lui-même ^ »

Plein d'espoir, le patient prélat ne cessait donc d'exhorter par ses lettres les religieux de Sixt à l'observation fidèle de leurs règles; et, en effet, au commencement de janvier 1618, ils s'y déterminèrent et lui en envoyèrent l'engagement exprès signé en chapitre. François, heureux de cette détermination, s'empressa de leur en dire toute sa joie et de ratifier cet acte capitulaire : « Nous approuvons et ratifions cet acte, leur écrivit-il « le ^3 janvier ^, et commandons qu'il soit observé. Nous vous « en louons, nous vous aimons de tout notre pouvoir dans les « entrailles de Jésus-Christ, et vous donnons notre bénédiction « paternelle. » Jaloux de profiter de ces belles dispositions, il alla leur faire une troisième visite : là , comme un sage supérieur qui mène peu à peu ses inférieurs à une perfection plus haute, il leur persuada de faire mieux encore et d'accepter des constitutions plus étendues et plus parfaites : « Sachant, dit-il ', « que les vénérables chanoines, dociles à l'inspiration divine, « veulent rétablir en entier l'ancienne observance régulière dé- (< chue et presque éteinte par l'injure des temps, voulant se-

* Année de la Visitation, 20 décembre.

* Lettre CDxii*.

' Opiisc, 444.

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